Affiche du film L'ours et la poupée
Suite à un accrochage, Gaspard, violoncelliste des champs, fait la connaissance de Félicia, bourgeoise des villes, qui le poursuit de ses assiduités. Car la jolie poupée, sûre de sa beauté, ne supporte pas d’être snobée par cet ours mal léché.
Avec Benjamin ou les mémoires d’un puceau, L’ours et la poupée correspond à l’apogée de la collaboration entre Michel Deville et sa scénariste Nina Companeez. Un film qui fait de nouveau la part belle à cette forme de marivaudage dont ils se sont fait une spécialité mais où, cette fois, a été gommée toute forme de gravité. Pas une ombre pour assombrir le tableau champêtre et idyllique qui nous est présenté, si ce n’est de grosses averses qui viennent rafraîchir les idées des deux protagonistes. Et c’est sur un ton résolument badin que le cinéaste orchestre, le temps d’une nuit à la campagne, cette divine poursuite entre deux êtres qui s’aiment mais ne le savent pas encore, ou plutôt s’amusent à retarder l’inévitable. Car ici tout est affaire de jeu de séduction (une constante chez Deville) et de contre-pied aux conventions. C’est la femme qui mène la danse amoureuse (parodiant jusqu’aux artifices de la séduction masculine pour tenter de conquérir sa proie) et l’homme qui s’amuse, un temps, à jouer les effarouchés. Un jeu de faux semblants, commenté par un chœur d’enfants loin d’être dupes, où seuls les miroirs sont capables de dévoiler les états d’âmes des deux protagonistes et de les mettre à nu, au propre comme au figuré.
La mise en scène vive et élégante du cinéaste fait le reste en se mettant au diapason du jeu enlevé de son duo de comédiens. Jean-Pierre Cassel apporte, sur des airs de Rossini, une belle nonchalance à sa partition de musicien tête en l’air tandis que la pétillante Brigitte Bardot donne le la, un peu rock, de ce charmant divertissement. S’amusant même à nous rejouer malicieusement la fameuse scène du Mépris de Godard, où elle égrène ses charmes, sa jambe sur un billot. « C’est plutôt un joli pied, non ? Un joli genou. » murmure-t-elle à un Gaspard presque conquis dans l’une des plus séduisantes séquences du film.
Parenthèse solaire avant des œuvres plus sombres, L’ours et la poupée emporte l’adhésion par sa légèreté de ton et sa manière, qui n’a rien de superficielle, d’aborder les émois amoureux. Un bonheur de film.

Joyeux anniversaire, monsieur Deville.