Affiche du film Une vieille maîtresse
1835. La marquise de Flers s’apprête à marier sa petite fille à un jeune noble dont la réputation de dandy libertin l’inquiète. Le temps d’une nuit, Ryno de Marigny va tenter de rassurer la vieille dame en lui racontant comment il a mis fin à dix années de passion dévorante avec une sulfureuse et possessive Malagaise : La Vellini.
Beau ratage plus que bel hommage, l’adaptation par Catherine Breillat du roman de Barbey d’Aurevilly sonne faux et sent le renfermé.
Sans doute pour compenser un sérieux manque de moyens et un choix de décors restreints, la réalisatrice tente de sauver les meubles (pas toujours d’époque) par une mise en scène « en coin » qui étouffe son cadre et bride son inventivité.
On a donc droit à un coin de balcon dans un théâtre, un coin de rue avec immeubles d’époques, un coin de miroir donnant sur l’angle d’un salon à la décoration XIXème, un improbable coin de forêt censé représenter le bois de Boulogne, un coin de jardin avec trois coussins et un narguilé pour illustrer l’exotisme de La Vellini et un ridicule coin de dune – avec sa tente – qui semble tout droit sorti du désert de sable d’Ermenonville pour nous faire croire au désert algérien. Coincé dans ce carcan formel, la mise en scène se limite le plus souvent à des champs-contrechamps noyés de dialogues qui agacent plus qu’ils ne transportent.
Avec ses grosses lèvres de bébé boudeur et ses traits féminins, Fu’ad Ait Aattou n’impressionne guère. Difficile de voir, dans cet ex mannequin reconverti en acteur, le séducteur cynique et expérimenté dont le tout Paris se fait l’écho. Face à lui, Asia Argento, qui a poussé le réalisme viril jusqu’à fumer le cigare et se laisser pousser les poils sous les bras, convainc un peu plus. Effectivement laide et sulfureuse, elle campe plutôt bien cette ibère passionnée. Du moins, tant qu’elle ferme la bouche. Car avec son fort accent italien, elle s’exprime en français comme une vache espagnole (ceci explique peut être cela) et rend incompréhensible une bonne partie de ses répliques. Et pour parler… elle parle la diva. Même pendant ses parties de jambes en l’air que Catherine Breillat filme comme des tableaux érotiques pompeux et ridicules.
Le reste de la distribution ne relève pas le niveau.
Claude Sarraute, en vieille carne confite affalée sur un sofa, est aussi horripilante qu’à la télé. Quant à Yolande Moreau et Michael Lonsdale, ils débitent leurs dialogues avec l’air résigné de l’acteur qui se sait grotesque dans un rôle et un costume aux relents de naphtaline.
Les présences anecdotiques de la vieille garde de Breillat – d’Amira Casar à Anne Parillaud – en passant par l’apparition risible et anachronique de Lio en chanteuse de salon, ne changent rien à l’affaire, cette vieille maîtresse est décidément bien plus grotesque que torride.

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