Affiche du film Les Orgueilleux
Un couple de voyageurs européens arrive en car dans une petite ville de bord de mer du Golfe du Mexique. Le mari est malade et porteur d’un virus qui risque de se propager dans la région.
Seule et sans ressource, sa femme va faire la connaissance d’un ancien médecin français qui noie dans l’alcool un lourd chagrin.
Adapté d’un scénario de Jean-Paul Sartre (Typhus) mais désavoué par l’écrivain qui demandera que l’on retire son nom du générique, Les Orgueilleux ne manque pourtant pas d’intérêt.
En décidant de tourner loin des studios, sur les lieux même de son récit (la petite ville d’Alvarado) et avec le concours de la population locale, Yves Allégret compose une œuvre charnière qui retrouve le vérisme du néoréalisme italien tout en préfigurant le cinéma de la Nouvelle Vague.
Privilégiant l’atmosphère à l’intrigue, Yves Allégret tourne de longues scènes qui cherchent à rendre palpable les sensations éprouvées par les personnages. De la douleur qui les accable à la moiteur omniprésente qui trempe de sueurs les visages et les vêtements.
Si la progression de l’épidémie est filmée sans détour et de manière quasi documentaire (la séquence de la piqûre est plutôt impressionnante), c’est surtout pendant les sept minutes où Michèle Morgan se déshabille pour lutter contre la chaleur que le cinéaste marque les esprits. Il faut dire que le contraste entre la froideur de la comédienne et l’ambiance torride de la scène est tout bonnement électrisant : de ses pieds laissant des empreintes humides sur le carrelage au passage où elle retire ses bas et se rafraîchit les jambes avec un petit ventilateur…
Autant de moments qui en ont fait vibrer plus d’un à l’époque, à commencer par le jeune Martin Scorsese. Des instants lascifs toutefois vite contrebalancés par une tentative de viol d’une surprenante brutalité.
Face à l’héroïne de Quai des brumes, Gérard Philipe impose sans peine son charme magnétique, même s’il en fait parfois un peu trop dans le registre de l’ivrogne titubant.
Pourtant, malgré la qualité de la mise en scène et de l’interprétation, Les Orgueilleux ne convainc pas totalement. Sans doute parce que le réalisateur bâcle son final, visiblement peu intéressé par la rédemption subite et le coup de foudre improbable qui s’y opère. (La fin fut imposée par les coproducteurs du film contre l’avis du cinéaste).
Ces réserves faites, cette histoire d’amour sur fond de contagion mérite qu’on s’y attarde ne serait-ce que pour ses ambiances réussies et ses dialogues signés Jean Aurenche.