Affiche du film A dangerous method
Les rapports contrariés entre Sigmund Freud et son principal disciple Carl Gustave Jung et les liens troubles et ambigus qu’entretient ce dernier avec l’une de ses patientes : Sabina Spielrein.
Après deux polars noirs un brin sulfureux, David Cronenberg revient, enfin, à ses obsessions et à son intérêt pour les perversions en tous genres. Un retour qui passe toutefois par une autre voie que celle des images chocs qui ont fait sa réputation de Frissons jusqu’au superbe et dérangeant Crash. Ici, la parole prime sur l’image, empreinte d’un certain classicisme dans sa représentation du XXème siècle, sans doute pour mieux mettre en évidence les tensions et les pulsions qui se cachent sous le vernis des bonnes mœurs de l’époque. Si la violence est bien là, elle est cette fois plus morale que physique. La première scène du film qui voit Sabina Spielrein déformer son visage et son corps à l’évocation des rapports sadomasochistes qu’elle entretenait avec son père est tout bonnement saisissante et s’avère bien plus dérangeante que nombre d’images véhiculées par le cinéma fantastique actuel.
Comme souvent chez Cronenberg, le malaise est bien là. Sauf qu’ici, il est abordé de façon plus diffuse.
En s’attachant à la névrose de ses personnages plutôt qu’aux mutations qu’elle engendre, A dangerous method se rapproche plus des thèmes développés dans Spider que de ceux abordés dans Faux semblants, même si on y retrouve certaines similitudes : rapports conflictuels entre deux thérapeutes (sortes de frères ennemis) et relations troubles les liant à une de leur patiente.
Le thème de la transformation – qui fait tout le sel de la filmographie du réalisateur canadien – est également présent dans ce nouvel opus qui nous montre comment Jung, professionnel intègre et bon père de famille, finit par céder aux pulsions sadomasochistes qui l’envahissent, comme contaminé par les mots de la patiente qu’il est censé soigner.
Viggo Mortensen dans le rôle de Freud est tout à fait convaincant, mais ce sont surtout les performances de Michael Fassbender et de Keira Knightley qui emballent. L’héroïne de la trilogie des Pirates des caraïbes et de nombre de bluettes en costumes se donne corps et âme à son personnage et ne dénature pas l’étrange galerie de femmes qui jalonnent l’univers tourmenté de Cronenberg.
Si A dangerous method n’est pas le meilleur film du cinéaste, qui se perd – et nous perd – parfois dans les longues discussions qui s’instaurent entre les deux psychanalystes, il possède néanmoins un indéniable charme (à l’image des brèves apparitions du psychanalyste libertaire Otto Gross joué par Vincent Cassel). Un charme teinté d’amertume que viennent souligner la dernière scène entre Jung et Sabina Spielrein ainsi que la belle partition classique du fidèle Howard Shore.

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