
Après dix ans de siège, la guerre de Troie prend fin grâce à une ruse imaginée par Ulysse, le roi d’Ithaque. Alors que les chefs grecs regagnent leur royaume, Ulysse et ses hommes se perdent en mer et affrontent de multiples dangers. Ulysse parviendra-t-il à rentrer chez lui à temps pour sauver sa femme Pénélope et son fils Télémaque des nombreux prétendants qui se sont installés dans son palais dans l’espoir de prendre son trône ?
Avec ses images grandioses, ses somptueux décors naturels et ses nombreux figurants, Christopher Nolan réhabilite le péplum et les films mythologiques de la plus belle des manières, sans fond vert et avec des effets spéciaux au service du récit et non l’inverse.
Évitant de tomber de Charybde en Scylla, le cinéaste mène sobrement son navire entre les nombreux écueils qui pouvaient menacer l’adaptation de cette épopée maritime.
Certes, à la différence d’Homère, Nolan utilise des raccourcis scénaristiques pour faire rentrer son héros à bon port, mais il le fait avec sérieux et un indéniable sens du spectacle pour ne jamais ennuyer le spectateur, en dépit de la durée excessive de son film et d’une mise en scène qui ne dédaigne pas l’emphase.
Alors même si l’équipage d’Ulysse semble tout droit venir de Benetton sur Ithaque et que les femmes y sont le plus souvent représentées comme des traîtresses sauf maman Pénélope, cette quête intérieure d’un héros revenu de tout reste hautement recommandable, portée par la performance tourmentée de Matt Damon. L’Odyssée est incontestablement le meilleur film de Christopher Nolan depuis Memento et The Dark Knight.
Ah bon ?
Bof.
Après 2 heures et 290 mètres (vrai de vrai !) de queue devant le Grand Rex, je l’ai vu.
C’est relativement fidèle à Homère, ce qui est rare dans les Odyssée du cinéma, l’explication psychologique des errances d’Ulysse est intéressante ; mais je trouve que c’est long, bruyant, avec des personnages qui n’ont pas beaucoup de consistance.
J’ai attendu presque un mois pour éviter ce genre de désagrément. Ma dernière file d’attente imposante remonte à celle du Retour du Jedi. 😉
Je comprends vos réserves concernant le bruit et c’est vrai que nombre de personnages secondaires manquent de consistance, à commencer par les prétendants. Cela dit, je n’ai pas boudé mon plaisir. 😀
On peut toujours compter sur une Pénélope pour assurer un emploi fictif en attendant son mari. 😉
Fillon approved ! 😂
Merci beaucoup pour cette superbe lecture, Marcorèle ! 😊 Et quel plaisir de voir The Odyssey susciter des regards aussi différents.
Je te rejoins complètement sur le fait que Nolan semble ici vouloir réhabiliter le péplum en le débarrassant de tout ce qui pourrait le rendre artificiel : les décors, les foules, les paysages, cette impression de matière qui traverse véritablement l’écran… C’est précisément ce qui m’a complètement happé en IMAX 70 mm.
Et j’aime beaucoup ta formule sur les « raccourcis scénaristiques » : c’est effectivement l’un des choix qui peut frustrer les puristes d’Homère, mais qui, à mes yeux, permet à Nolan de rester fidèle à l’esprit de l’épopée tout en construisant son propre récit.
Je suis aussi assez d’accord avec toi sur Ulysse. C’est probablement là que nos lectures divergent le plus. J’ai été touché par cet homme rongé par le poids de ses actes, mais je comprends parfaitement ton envie d’un personnage plus ambigu, plus rusé et moins « rédemptionnel ». L’Ulysse d’Homère est effectivement beaucoup plus trouble… et peut-être aussi plus fascinant.
Et merci pour la recommandation de True Grit ! Je connais évidemment le film, mais tu me donnes envie de revoir Damon sous cet angle-là. 😉
En tout cas, « le meilleur Nolan depuis Memento et The Dark Knight » : je signe volontiers ! 😄 Même si je sens que la discussion sur son classement dans sa filmographie est loin d’être terminée…
Merci encore pour cette belle critique et pour ta fidélité au site. C’est exactement le genre de regards croisés qui rend les échanges cinéphiles aussi passionnants. 🎬
Merci pour ton commentaire. Je ne vois pas où tu as lu que je regrettais que Matt Damon ne soit pas assez ambigu et moins dans la recherche de rédemption ?
Quant à True Grit, je ne pense pas te l’avoir conseillé, puisque je trouve ce western assez moyen. 😉
Ahah, tu as raison sur les deux points ! 😅 J’ai fait un raccourci un peu rapide en te lisant, sûrement en lisant beaucoup trop de choses en même temps sur le sujet.
Pour Ulysse, j’ai effectivement davantage projeté ma propre réserve sur le personnage que réellement reformulé ton propos : Mea culpa !
Et pour True Grit, alors là… j’ai complètement halluciné ! 😂 Je retiens donc : ne surtout pas prendre ton avis sur ce film comme une recommandation. Voilà ce que c’est de lire trop sur une même thématique…
Merci en tout cas de me reprendre — et promis, la prochaine fois, je relirai ton article avant d’y répondre ! 😉
Salut Cinéluctable ! Ta chronique met parfaitement en lumière la démesure et l’ambition folle de ce projet. Tu as totalement raison de souligner ce formidable retour aux sources du grand spectacle : le refus du tout-numérique et des fonds verts au profit de décors naturels et d’effets pratiques offre une texture et un souffle organique rares au péplum. Tout comme toi, j’ai trouvé la composition de Matt Damon remarquable, portant cette usure et cette quête intérieure avec une intensité viscérale.
J’ai en revanche un ressenti nettement plus mitigé sur l’ensemble. Si Nolan évite l’ennui malgré la durée, j’ai trouvé que sa volonté de rationaliser le mythe instaurait une vraie froideur clinique qui finit par étouffer l’émotion. Sans parler des ellipses et de ce montage inégal qui expédient certaines rencontres légendaires, ou encore du mixage sonore assourdissant qui noie les dialogues sous le fracas des vagues et des cuivres !
J’avais d’ailleurs partagé mon analyse complète sur le blog, et c’est toujours passionnant de confronter nos regards sur un mastodonte aussi clivant. Merci pour ce bel échange et à très vite sur ton blog !