
En France, rire des puissants est devenu un sport à risque. En trente ans, les humoristes les plus libres de la télévision et de la radio ont été méthodiquement neutralisés, marginalisés, censurés, voire virés. Dans l’audiovisuel public comme dans les médias privés, le même mécanisme se répète : on tolère la satire tant qu’elle ne mord pas. Dès qu’elle touche au pouvoir, on coupe le micro. Des plateaux de Canal+ aux studios de France Inter en passant par les couloirs de France Télévisions, du règne de Nicolas Sarkozy à celui d’Emmanuel Macron, ce documentaire retrace la mécanique d’une mise au silence qui en dit long sur l’état réel de la liberté d’expression dans l’audiovisuel français.
Le rire reste, effectivement, un peu coincé dans la gorge devant ce documentaire qui explique en détail la manière dont Nicolas Sarkozy a commencé à faire taire les humoristes qui raillaient ses travers (et son goût immodéré pour le thon et les yaourts), notamment aux Guignols de l’info de Canal +.
Il a fait entrer le loup dans la bergerie en demandant à son riche et zélé ami Vincent Bolloré de reprendre les choses en main, lui soufflant peut-être l’idée de manipuler l’opinion et le « temps de cerveau humain disponible » en imposant sa triplette dans la désinformation, le « divertissement » télévisuel et le cinéma. À savoir le triumvirat : Praud, Hanouna, Saada. Une fameuse trinité pas vraiment en odeur de sainteté. Voyez comment Bolloré, tout en suavité, menace de représailles une commission d’enquête de l’Assemblée nationale en agitant devant eux la possible colère du tout puissant Maxime Saada. Un moment qui fait froid dans le dos et en dit long sur le côté intouchable de ces élites.
Que dire aussi d’Emmanuel Macron et de ses ami(e)s qui ont tout fait pour saborder les satiristes de France Inter et de France Télévisions qui mettaient parfois un doigt rigolard là où ça faisait mal ? La ronflante « start-up nation » (pas en français dans le texte) n’a pas été aussi ouverte et innovante que ça, en continuant de promulguer une censure à l’ancienne sous ses dehors faussement policés. Une censure violente envers les humoristes, accentuée par des patrons de chaînes ou des producteurs zélés désireux de plaire et anticipant les désirs d’un président « jupitérien ».
Ces gros problèmes d’égo ont, sans doute, contribué à hisser le front national là où il se trouve actuellement, dans un pays laissé sans garde-fou (du roi). L’Histoire jugera !
Film poil à gratter, Fini de rire ! est d’autant plus nécessaire qu’il dérange en haut lieu et a peu de chance d’être diffusé sur les chaînes de télévision qu’il critique. Certains cinémas CGR l’ont déjà déprogrammé et il y a peu de chance que vous puissiez le voir dans une salle d’un complexe UGC puisque le groupe appartient désormais à un certain Bolloré. Tout est dit, hélas !