
Le pharmacien Jules Renaudin, vieux garçon qui n’a dans sa vie que la passion des timbres, recueille une jeune fille enceinte abandonnée par son amant. Renaudin s’attache rapidement à Claire, qui a accouché d’un enfant mort né, et en tombe amoureux. Hélas, malgré les nombreuses attentions du pharmacien, la jeune fille s’éprend de Jean Cordier, le beau marchand d’appareils de T.S.F, dont le magasin est voisin de l’officine.
Premier film de Jacques Tourneur (fils de Maurice Tourneur, réalisateur de La main du diable), Tout ça ne vaut pas l’amour a tout d’un mélodrame. Pourtant, c’est bien à une comédie à laquelle le spectateur est convié. Une comédie fort drôle qui surprend par sa maîtrise, à la confluence de plusieurs styles.
La première partie, plutôt théâtrale et tournée en studio, navigue entre comédie de mœurs et vaudeville avec des répliques bien senties (mention spéciale à la bonne Léonie, jouée avec gouaille par Jeanne Loury), tout en laissant entrevoir de curieux plans tout droit sortis de l’expressionnisme allemand, principalement lors de la visite de Jules à l’usine.
La seconde partie, quant à elle, épate par sa mise en scène enlevée, hommage aux burlesques du cinéma muet. Tournée en extérieur, l’amusante scène de l’auto-école est particulièrement dynamique, de même que la séquence de la fête foraine où la caméra se retrouve embarquée dans la nacelle d’une balançoire ou filme une attraction toute récente pour l’époque : les autos tamponneuses. Pour cette scène, le montage, particulièrement vif, donne la sensation d’être au milieu des petits bolides qui s’entrechoquent.

La qualité de l’interprétation contribue également au plaisir que l’on prend devant cette charmante comédie d’un autre temps. Dans le rôle principal, Marcel Lévesque, grand acteur du muet, est parfait en vieux garçon naïf cherchant à jouer les séducteurs. Face à lui, Josseline Gaël (au destin similaire de celui de Corinne Luchaire évoqué dans le film Les Rayons et les Ombres) épate par son naturel et sa palette de jeu alors qu’elle n’a que 14 ans ! Quant à Jean Gabin, en séduisant jeune premier, il attire déjà l’oeil alors que ce n’est que son quatrième film.
Début très prometteur d’un grand cinéaste qui nous offrira quelques classiques comme La féline, La flèche et le flambeau ou le magnifique Rendez-vous avec la peur, Tout ça ne vaut pas l’amour vaut vraiment le détour.
Tu fais plus qu’attiser ma curiosité avec cet article, il me faut trouver cette merveille signée Tourneur fils, et en français !
Merci pour cette belle mise en lumière d’une œuvre aussi rare. C’est fascinant de replonger dans les débuts de Jacques Tourneur, bien avant ses grands classiques américains. Un film qui donne envie de s’y intéresser de plus près.
Je t’avoue que je n’ai jamais vu ce premier long-métrage de Jacques Tourneur, mais ta chronique donne vraiment envie de combler cette lacune ! C’est fascinant de lire comment une intrigue qui coche toutes les cases du lourd mélodrame parvient à basculer si habilement dans la comédie, en jonglant entre le vaudeville, des fulgurances expressionnistes et l’héritage du burlesque.
Le dynamisme de la seconde partie, et notamment cette séquence de la fête foraine avec les autos tamponneuses, a l’air d’une modernité folle pour 1931 ! Rien que pour la curiosité de découvrir Jean Gabin dans l’un de ses tout premiers rôles face à une Josseline Gaël étonnante de précocité, le détour semble effectivement valoir le coup.
Merci pour cette belle mise en lumière des débuts de ce grand cinéaste, et à très vite sur Cinéluctable !
On peut espérer une sortie prochaine en DVD, le film ayant été restauré. Bonne journée, Olivier. 😉