
Une étrange porte apparaît dans le sous-sol d’un magasin de meubles. Elle donne accès à un inquiétant monde parallèle constitué d’une enfilade de bureaux aux dimensions bizarres et à l’ameublement hétéroclite.
L’expérience Backrooms ressemble à une interminable déambulation dans les couloirs d’un Ikea désert dont on chercherait la sortie.
Principale qualité du film, le décor, aussi étrange que familier, fait naître l’angoisse grâce à un travail habile sur les sons et le hors champ. À la manière de Exit 8 sorti l’année dernière (avec ses personnages piégés dans un long couloir de métro), Kane Parsons joue avec les nerfs et l’imagination des spectateurs qui se demandent ce qui les attend au détour de la prochaine salle.
Une qualité qui est aussi son principal défaut puisque le décor finit par prendre le pas sur toutes les vaines agitations des protagonistes ainsi que sur leurs ridicules considérations psychanalytiques censées donner au film des airs intelligents. Lynch l’avait bien compris. Au cinéma, la psychanalyse à deux balles est toujours un bon moyen pour éviter au cinéaste de répondre aux questions qu’il lance (et auxquelles il n’a souvent pas de réponses) tout en donnant l’impression au public qu’il a assisté à un spectacle brillant puisque le manque de clés l’oblige à faire travailler son imagination et à échafauder des théories.
D’abord intriguant, Backrooms finit par s’engluer dans sa mise en place originale et se saborde, dans la dernière partie, en matérialisant son hors champ qui prend la forme d’un capitaine croquemitaine plus désolant que flippant. Quant à la fin, ouverte comme il se doit, elle permet surtout à Kane Parsons d’envisager une suite qui ne devrait pas tarder à être mise en chantier vu le succès de son film en salles.
Cette angoissante curiosité aux allures de hall d’exposition discount devrait séduire tous ceux qui apprécient les propositions horrifiques au rabais.
« Cette angoissante curiosité aux allures de hall d’exposition discount devrait séduire tous ceux qui apprécient les propositions horrifiques au rabais. »
Dans le mille (même si je ne l’ai pas encore vu) 🤓
Pas encore vu. Un succès en salles, tout comme le récent Obsession, que je rattraperai plus tard sur une chaîne cinéma.
Par contre je ne suis absolument pas d’accord avec toi à propos de David Lynch. 😎
😂 Ne pas déboulonner les idoles… 😉
Franchement, ton texte est super bien écrit et je trouve qu’il met vraiment bien en place ce que le film cherche à faire ressentir : cette idée de labyrinthe mental plus que narratif, et l’angoisse qui vient surtout du décor et du hors-champ.
Je te rejoins assez sur le fait que c’est précisément là que ça se joue… et que ça peut aussi devenir une limite. Le film (et encore plus chez Parsons ici) a tellement confiance dans son dispositif qu’il finit presque par tourner en boucle sur lui-même. J’aime bien ta remarque sur le côté “Ikea désert”, c’est très juste et assez cruel en même temps 😅
Par contre, j’ai un peu plus de réserve que toi sur la “psychanalyse à deux balles”. J’ai l’impression que le film n’essaie pas vraiment de faire du Lynch “intellectuel”, mais plutôt de rester dans une logique d’esquisse mentale, un peu brute, presque adolescente dans sa manière de théoriser ses propres images. Du coup, même si c’est parfois bancal, je ne suis pas sûr que ce soit totalement du remplissage.
Et sur la fin “annonciatrice de suite”, je te suis à 100% : ça sent quand même un peu la porte laissée ouverte pas seulement pour des raisons thématiques… mais aussi très industrielles.
En tout cas, ton texte a le mérite de bien équilibrer fascination et agacement, et ça colle bien à ce genre de film qui est plus une expérience qu’un vrai récit classique.
Tu as parfaitement résumé le paradoxe de ce Backrooms : une ambiance initiale très réussie qui finit par s’effondrer sous le poids de ses propres ambitions. Le parallèle avec une interminable déambulation dans un Ikea désert est on ne peut plus juste ! Le travail sur le hors-champ et le design sonore fonctionne à merveille au début, mais comme tu le soulignes avec justesse, le film se tire une balle dans le pied en s’engluant dans une psychanalyse de comptoir. C’est le piège classique quand on veut donner un vernis intellectuel artificiel à un concept horrifique qui se suffisait à son propre décor.
Et que dire de la matérialisation très décevante de ce fameux « croquemitaine » et de cette fin ouverte qui appelle une suite commerciale à grands cris…
À très vite pour de nouvelles découvertes sur ton blog !
A très vite, Olivier. 😀
Autant j’ai apprécié l’ambiance Ikea kitsch, qui fait penser au roman …sur les backrooms, « Horrorstör » de Grady Hendrix (là aussi, l’histoire atteint sa limite assez vite mais est bien décalée), autant la toute fin m’a vraiment déçu avec le Capitaine cannibale, le côté un peu gore qui n’a pas sa place dans ce genre de film.
Je n’étais pas la seule personne d’ailleurs, à faire cette réflexion en sortant de la salle.
Pour le côté psy, c’est moyennement bien réussi. J’imagine que c’est un parti-pris, mais je ne l’ai pas trouvé très utile (voire un peu foireux).
Bon, le reste, l’ambiance, la bande-son, etc… donne une atmosphère qui vaut la peine de voir le film, à mon sens.