L’ascension fulgurante de Matt Hagen, de gamin des rues de Gotham à star hollywoodienne, est brutalement interrompue lorsqu’un baron du crime le laisse atrocement défiguré. Abandonné de tous et n’ayant plus rien à perdre, Matt se tourne vers un traitement expérimental qui lui rend miraculeusement son apparence… mais de façon instable. Il sombre alors dans une spirale destructrice, consumé par un irrépressible désir de vengeance.

Alors que Sony foire consciencieusement les films consacrés aux super-méchants Marvel (Venom, Morbius, Kraven The Hunter), DC Comics, à contrario, les réussit en ne cherchant pas à rendre ses vilains sympathiques à tous prix. S’intéressant aux traumatismes fondateurs de ces personnages et à leur lente plongée dans la folie, les films axés sur les super-méchants DC marquent les esprits en se démarquant de l’univers super-héroïque dont ils font partie. Ce fut le cas avec Joker de Todd Phillips. C’est également le cas avec ce Clayface, particulièrement réussi. Il faut dire que deux bonnes fées se sont penchées sur son berceau. À la réalisation, James Watkins fut le réalisateur du frissonnant La dame en noir, tandis qu’au scénario on retrouve Mike Flanagan connu pour ses excellentes séries horrifiques sur Netflix (The Haunting of Hill House, The Haunting of Bly Manor) ainsi que pour ses films (Doctor Sleep et Life of Chuck). Avec eux, le film se démarque de l’univers DC. Hormis la référence à Gotham City, où se déroule l’action, le récit ne fait aucune allusion à Batman préférant prendre la voie de l’horreur biologique si chère à David Cronenberg. Carpenter n’est pas loin non plus avec les impressionnantes mutations du visage de Matt Hagen qui renvoient aux transformations horrifiques de la créature extraterrestre de The Thing. Des références qui, loin de se suffire à elles-mêmes, enjolivent le récit sans l’entraver, comme dans cette scène où Hagen devient mi-homme, mi-femme. C’est donc à un divertissement horrifique très habile que James Watkins nous convie. Divertissement qui trouve son apogée lors d’un affrontement spectaculaire dans une boîte de nuit où le cinéaste s’amuse à glisser un petit clin d’œil au Joker, à moins que ce ne soit aux films de la franchise Smile ?
Surprenant et bien mené, Clayface est un excellent thriller horrifique qui, en faisant l’impasse sur l’univers DC comics, réussit l’exploit de faire oublier le décevant Superman et l’abrutissant Supergirl sortis récemment. Notamment en proposant un film plus adulte qui ne se soucie pas de plaire au plus grand nombre. Un exemple qu’il serait bon de suivre.