Benjamin, jeune garçon de 17 ans, vient trouver refuge chez sa tante, la comtesse de Valandry. Naïf et ignorant des choses de l’amour, il devra, bon gré mal gré, faire face aux assauts des femmes du château tout en suivant l’éducation libertine de l’amant de sa tante : le comte de Saint-Germain.
Benjamin ou le film des premières fois.
A l’instar de son personnage principal, Michel Deville, après quelques films de jeunesse ou de commande, s’émancipe et va développer (en compagnie de sa scénariste Nina Companeez) un style et des thèmes que l’on retrouvera de manière récurrente dans toute sa filmographie.
Il convie tous les arts au sein de sa mise en scène fluide et très élaborée :
La littérature tout d’abord : celle de l’éducation sentimentale et des mots/maux amoureux, de Marivaux à Laclos.
La peinture ensuite, et plus particulièrement celle de Watteau.
La musique enfin, avec Mozart, Haydn ou encore Rameau…
Dans cette joyeuse alchimie, il fait l’apprentissage de l’amoralité cinématographique et aborde, pour la première fois, les rivages du libertinage où séduction et manipulation vont souvent de pair.
Première approche de l’érotisme, donc, qui sous-tendra, de façon plus ou moins prononcée, une grande partie de ses films.
Un érotisme qui sied bien aux mœurs libertines du 18ème siècle mais qui, à l’époque de la sortie de Benjamin, pouvait aussi être un clin d’œil à la libération sexuelle que connaissait la France des années 60.
Première approche de la manipulation, ensuite. Ici, les personnages passent leur temps à mentir pour mieux se séduire.
Benjamin, quand il n’est pas abusé par son entourage, apprend l’art du mensonge. Sa tante, quand elle n’est pas désabusée, se ment à elle-même, espérant conserver son amant. De son côté, le comte dupe ses conquêtes pour mieux les séduire. Quant à Anne, elle dissimule ses sentiments au comte pour mieux le faire souffrir et l’attirer à elle. Femme manipulée et manipulatrice, Catherine Deneuve est le premier modèle des héroïnes qui traverseront toute l’œuvre du réalisateur de Péril en la demeure.
Le ton badin mais pas anodin de Benjamin amène, in fine, à ce qui sera une constante dans la filmographie de Michel Deville : la notion de jeu.
Dans ce ballet des faux semblants, les protagonistes passent leur temps à jouer entre eux et à se jouer des uns et des autres. Ils jouent à se mentir, à se séduire et finalement à se déshabiller comme dans la jolie scène entre Odile Versois et Pierre Clémenti. Tandis que le cinéaste s’amuse de la frustration du spectateur qui ne cesse de se demander si Benjamin parviendra enfin à ses fins.
La conclusion aura pour son héros le goût doux amer des premières fois et offrira au cinéaste l’occasion d’élaborer ce qui fera la force de son cinéma : une apparente légèreté où percent pourtant désenchantement et gravité. Sans doute ceux qui suivent la perte de l’innocence…