Un père divorcé braque un magasin d’or avec son jeune fils dont il veut avoir la garde malgré ses soucis financiers et les rapports tendus avec son ex-femme. Traqués par la police, ils parviennent à prendre la fuite, avec un complice, à bord d’un taxi. En route pour la France, les fugitifs doivent traverser le village de Zugarramurdi, véritable repère de sorcières.
Álex de la Iglesia est une sorte de Jean-Pierre Mocky espagnol, mais avec des scénarios plus construits et moins foutraques que son homologue français, qui cultive de film en film l’humour absurde et l’outrance pour dénoncer les travers de nos sociétés « modernes ».
Avec Les sorcières de Zugarramurdi, le cinéaste laboure résolument la veine outrée qui a fait son style et renvoie hommes et femmes dos à dos avec drôlerie, chacun étant certain d’être dans son droit.
Dès le générique, le ton est donné. Toutes les femmes de pouvoir, des temps les plus anciens jusqu’à Margareth Thatcher ou à Angela Merkel, sont des sorcières et les hommes leurs victimes. Du moins si l’on en croit les propos misogynes tenus par les occupants du taxi, une bande de mâles veules et immatures aux actes irréfléchis.
Commençant son film par un hilarant hold-up costumé, de la Iglesia passe du polar social bouffon à la farce horrifique féroce avec une aisance remarquable et donne vie à des scènes jubilatoires que ce soit dans les infâmes toilettes à la turque d’une auberge isolée ou lors d’un chevauchée de balai plutôt lubrique.

Photo du film Eva sur son balai
Alors même si tout n’est pas du meilleur goût et que le sabbat des sorcières tire un peu en longueur sur la fin, cette petite pépite d’humour noir, écornant la famille et les relations homme-femme, a au moins le mérite de nous venger des comédies aseptisées qui, en cherchant à ne choquer personne, tuent l’humour et l’originalité. Des qualités dont ce film inventif est, heureusement, loin d’être dépourvu.