Avec son troisième film, Sofia Coppola vient d’inventer un nouveau concept qui devrait faire fureur dans les palaces Cannois : le film d’ascenseur.
Devant sa caméra, la vie de la dernière reine de France devient un livre d’images aseptisées aux tons pastel et à la musique aussi anachronique qu’insipide.
Sofia Coppola semble jouer à la poupée grandeur nature et cette plongée dans la cour des grands finit vite par ressembler à un épisode de Barbie à Versailles.
Barbie-Antoinette a un beau château, pleins de jolies robes et de jolies chaussures, des perruques excentriques et boulotte des pâtisseries à longueur de journée.
Et si le temps, comme les aliments, ne semble pas avoir de prise sur elle, il n’en va pas de même pour le spectateur au bord de l’ennui et de l’écœurement.
Nous voilà donc condamné à suivre pendant deux heures les affres d’une midinette gâtée qui rêve secrètement à son bel officier, un Ken asexué monté sur un beau destrier. (Cette scène vaut d’ailleurs à elle seule son pesant de macarons).
Car si la réalisatrice offre à son personnage tous les plaisirs, elle lui refuse ou occulte ceux de la chair. Entre un Louis XVI aussi vibrant qu’un éteignoir et un officier pré pubère dont la virilité se mesure à la longueur de son sabre, rien ne vient donner corps à ces histoires de boudoirs pour petites filles sages. Là encore, Sofia Coppola nous invite à la regarder jouer à la poupée.
Et l’Histoire dans tout ça ? Elle vient, un peu tard, frapper à la porte de Versailles avec ses révolutionnaires.
Dommage, car le film trouve enfin là sa raison d’être.
Dans cette rencontre entre Marie-Antoinette et son peuple. Dans ce télescopage entre futilité et réalité.
Réalité, le mot est lâché. Il semble effrayer autant Sofia Coppola que sa Reine d’opérette.
La réalisatrice préfère clôturer son film plutôt que de s’y confronter.
Elle dit donc adieu à ses pantins comme Barbie-Antoinette dit adieu à son jardin et à sa chambre dévastée.
Le parallèle est désarmant de naïveté…