Belle surprise que ce film Colombien d’Emilio Maille.
Débutant comme un polar, Rosario fait d’abord penser à une version féminine de L’impasse de Brian De Palma. Même début en flash-back, mêmes scènes de boite de nuit avec musiques à consonances latines, même personnage principal à la recherche d’une rédemption.
Pourtant, au fur et à mesure que le récit avance, le réalisateur oublie le polar convenu pour s’attacher à un beau portrait de femme en creux. Celui de Rosario, tueuse à gages et femme fatale, qui cache sous la froideur et la maîtrise de son comportement une immense détresse.
Filmant son personnage au plus près, Emilio Maille regarde la carapace de Rosario se lézarder lentement et nous fait découvrir la solitude et les blessures secrètes d’une femme qui demande juste un peu de « respect » de la part des hommes (violents) qu’elle côtoie et surtout un peu d’amour. La rencontre avec Emilio et son ami Antonio pourra-t-elle la sauver ? C’est ce que le film s’attache à montrer.
Bien sûr, on pourra reprocher un petit côté roman photo dans la romance qui s’installe entre les trois personnages. On aimerait aussi que le réalisateur explore un peu plus les rapports ambigus qui se nouent entre Rosario et Antonio. Qu’importe ! La vision quasi documentaire de Medellín, de ses bidonvilles et de ses gangs est tellement saisissante qu’on en oublie ces quelques défauts. A ce titre, l’enterrement d’un tueur se déroulant comme l’enterrement d’une vie de garçon d’un futur jeune marié est tout à fait étonnant. Surtout, le magnifique personnage de Rosario ne serait pas ce qu’il est sans la superbe composition de Flora Martinez. Belle, charnelle, sensuelle, sulfureuse, pieuse, émouvante, perdue et éperdue, elle est de tous les plans et irradie tout simplement l’écran.
Elle est la raison d’être de ce film.