Albert, hôtelier d’une petite station balnéaire de Normandie, a juré à sa femme de ne plus toucher à une goutte d’alcool. Mais avec l’arrivée de Gabriel Fouquet, jeune publicitaire alcoolique venu chercher sa fille en pension, surgit à nouveau la tentation.

Film d’hommes, un brin misogyne, cet hymne à la soûlographie distille un doux parfum de mélancolie qui ne cesse de se bonifier avec le temps.
Est-ce à cause des songes asiatique d’Albert autour de sa jeunesse perdue ? Ou à cause des remords amoureux de Gabriel noyés dans de glorieux rêves de corrida ?
Est-ce dû à la première (et dernière) rencontre au cinéma de Jean Gabin et de Jean-Paul Belmondo ? Ou à cette atmosphère grisante de fin saison, pluvieuse et nocturne, parfaitement captée par Henri Verneuil ?
Un peu de tout cela, certainement.
Adapté du roman du même nom d’Antoine Blondin, le film doit énormément à Michel Audiard (pas snob sur les répliques avinées qu’il enchaîne avec gourmandise comme une série de digestifs sur un comptoir), ainsi qu’aux belles compositions nostalgiques de Michel Magne.

Alors même si Jean Gabin n’est pas dans l’abstinence (il en fait même des caisses), il est loin d’avoir muté sournois face à un jeune Belmondo aérien. La filiation entre les deux hommes est évidente et leur duo mémorable restera dans les annales comme l’un des plus beaux passages de témoin d’un vieil acteur, au soir d’un long hiver, à son successeur.
Dans les rues de Tigreville, aux pentes aussi raides que le gosier d’Albert et de Gabriel, Verneuil compose une ode autant amère qu’inoubliable aux princes de la cuite. Un véritable feu d’artifice de performances d’acteurs et un déluge de bons mots devenus, à raison, un classique du cinéma français.