
Le docteur Guido Tersilli est un jeune diplômé en médecine qui cherche à ouvrir un cabinet médical à Rome. Il veut gagner de l’argent et découvre qu’avec les soins gratuits, remboursés par la mutuelle, il peut en gagner beaucoup.
Découvert en France dix ans après sa sortie italienne (1968) sous un titre mensonger destiné à rameuter les amateurs de films polissons italiens très en vogue dans le courant des années 70, Il medico della mutua (que l’on pourrait traduire par Le médecin conventionné) n’a rien d’un film grivois. C’est plutôt une charge féroce et bien documentée contre le système de santé italien d’après-guerre et les magouilles de médecins plus intéressés par l’argent que par la santé de leurs patients.

Abordant son sujet de manière frontale, Luigi Zampa dresse le portrait grinçant d’un jeune médecin qui découvre les 1001 façons de se faire une clientèle et de l’argent en trouvant des arrangements. D’abord avec l’aide de sa mère et de sa fiancée, puis avec celle de ses patients (la scène de la visite du père de famille avec sa marmaille est aussi mémorable que sa réplique : « Vous croyez qu’avec 11 enfants, on trouve le temps de travailler ?). Sans oublier le renvoi d’ascenseur aux confrères spécialistes et le soutien intéressé aux femmes délaissées de ses collègues.

Cette vision railleuse et désabusée des pratiques de certains médecins qui bâclent les consultations pour les multiplier et se faire un maximum de pognon est d’ailleurs magnifiquement décrite dans une scène où, par une succession de panoramiques latéraux, le docteur Tersilli passe d’une salle de consultation à l’autre à la vitesse de l’éclair. Imparable.
Tout aussi imparable est le jeu d’Alberto Sordi, exceptionnel en médecin flagorneur et magouilleur, et celui de Nanda Primavera, hilarante mère possessive gérant de main de maître la carrière de son fils ainsi que ses liaisons amoureuses.
Classique dans sa mise en scène, le film de Zampa ne fait pas partie des plus célèbres comédies à l’italienne (il eut pourtant un grand succès en Italie et marqua tellement les esprits qu’il participa à la remise en cause du système de santé transalpin). Cependant, il mérite vraiment d’être (re)découvert pour ses dialogues savoureux et pour sa fin prophétique qui semble annoncer l’avènement de la téléconsultation. Drôlement inquiétant, non ?