
En Sicile, un ancien petit truand, qui tente désormais de marcher dans le droit chemin, découvre qu’il a été pris pour cible par un tueur à gage. Associé bien malgré lui à une affaire criminelle qui le dépasse, Nino va tout faire pour tenter de se disculper afin d’échapper aux rouages d’une vengeance impitoyable qui n’épargne personne…
Cinquième et avant dernier film de Damiano Damiani sur la Cosa nostra, Un homme à genoux est, dit-on, l’un de ceux qui lui tenait le plus à cœur. Délaissant le monde des chefs mafieux et de la police, le cinéaste renoue avec sa veine sociale et aborde le thème de la Mafia sous l’angle des gens de la rue dans une œuvre âpre et sans concession. Une ambiance oppressante qui s’impose d’ailleurs dès le générique où le personnage principal se fraie un chemin au milieu d’un marché bondé de Palerme. Immersive et toujours en mouvement, grâce à l’utilisation de nombreux plans-séquences, la mise en scène de Damiani nous entraîne à la suite de son antihéros dans un scénario inextricable qui ne laisse aucun répit. Il décrit la chute d’un homme happé par la machine à broyer les individus qu’est la vendetta ainsi que ses tentatives désespérées pour prouver son innocence et sauver sa peau. Il montre surtout, avec une froide minutie, comment un citoyen lambda peut devenir un tueur contre son gré, embarqué dans une incontrôlable spirale de violence qui met en danger sa famille (auquel le cinéaste donne ici une grande importance) et gangrène la société italienne de l’époque.

Rarement l’implication de gens modestes et de leurs enfants dans le monde du crime organisé n’a été aussi bien relatée. C’est cette rareté qui fait tout le prix d’Un homme à genoux. Sans oublier son admirable distribution. Giuliano Gemma, en homme aussi décidé que déboussolé, livre là une de ses meilleurs performances. Face à lui, Michele Placido est également étonnant en tueur aux multiples facettes, aussi charmeur et manipulateur que lâche et pitoyable. Leur duo forme les deux faces d’une même pièce, épaulé par les prestations de seconds rôles épatants, d’Eleonora Giorgi qui incarne la femme de Nino à Tano Cimarosa qui joue son meilleur ami.
Nul doute que la conclusion, noire et désenchantée, de cet Homme à genoux – qui n’eut pas les honneurs d’une sortie en salles en France – vous restera longtemps en tête après le visionnage.
Un très grand film.
On dirait bien que cet « homme à genoux » t’a laissé sur les rotules (désolé, je trouvais que cet article manquait de calembour…)
Tu t’en es chargé. Merci. 😉
Un film à découvrir si tu ne le connais pas.
Une très belle découverte ! Je connais surtout Giuliano Gemma dans des rôles de western, alors le voir ici dans un personnage aussi tourmenté et pris dans cette spirale de violence est particulièrement intéressant. Ta fiche donne vraiment envie de découvrir ce film de Damiano Damiani.
Merci. 😉 Il ne reste plus qu’à te procurer le DVD.
Je n’ai pas encore vu cet avant-dernier volet mafieux de Damiano Damiani, mais ton analyse donne une furieuse envie de dénicher cette rareté ! C’est passionnant de voir comment le cinéaste délaisse l’habituel sommet de la hiérarchie pour ausculter la Cosa nostra à hauteur de trottoir, en montrant l’engrenage fatal qui broie un citoyen lambda. Ton éclairage sur la mise en scène — cette ouverture oppressante dans le marché de Palerme et ces plans-séquences immersifs — pose une ambiance redoutable. Quant au face-à-face entre Giuliano Gemma à contre-emploi et un Michele Placido ambivalent en tueur manipulateur, cela promet un duel au sommet, sans parler de cet épilogue sombre qui n’a pas eu la chance d’une sortie en salles chez nous. Merci pour cette splendide remise en lumière d’un cinéma italien sans concession, et à très vite sur ton blog !