
Jean-Michel, célibataire de 70 ans, a perdu tous ses repères et n’attend plus grand-chose de la vie. Mais voici que dans la maison de retraite où il réside, Suzanne, la directrice, est prise à partie par de jeunes manifestants qui réclament la destruction d’une fresque offensante à leurs yeux. Alors qu’il observe, avec ironie, une époque où tout lui semble partir à la dérive, Jean-Michel reprend en main sa vie… et celle des autres.
Comme son nom l’indique, c’est à une sorte de bilan que nous invite Denys Arcand.
À l’image de son personnage principal, le cinéaste québécois observe d’un œil amusé et caustique le choc des générations et les travers d’une société qui, pour paraître vertueuse, se complaît dans le politiquement correct.
Saisissant l’esprit du moment, où la défense des grandes causes s’accompagne parfois d’une bonne dose d’intransigeance, Arcand concocte une charge divertissante qui renvoie dos à dos tous ceux qui veulent, à toute force, œuvrer pour notre bien.
La dictature du sport et de la jeunesse à tous prix.
Les chaînes d’information qui amplifient et déforment le moindre évènement avant de passer, sans transition, au suivant.
L’avènement du numérique qui s’impose (et que l’on impose) à tous.
Les politiciens qui tournent leur veste en fonction du vent.
La culture de l’effacement et les mouvements de revendications de toutes sortes qui ne sont pas forcément portés par leurs meilleurs défenseurs mais par les plus véhéments d’entre eux.
Tout passe à la moulinette d’une satire jouissive qui force volontairement le trait pour mieux faire ressortir les dérives de nos sociétés déboussolées et l’absurdité des attitudes extrêmes.
Ne voyez aucune aigreur dans ce propos qui nous renvoie, à travers un miroir à peine déformant, à nos propres contradictions. Bien au contraire, en parfait humaniste, Denys Arcand prône même, dans une dernière partie utopique aux accents romantiques, les bienfaits de l’amour, de la bienveillance et de la communication. Les seuls qui, venant à bout des idées préconçues, permettent de s’ouvrir véritablement au monde et aux autres. Belle et touchante leçon de vie.