Affiche du film Charade
De retour de vacances, une Américaine découvre son appartement parisien entièrement vide et apprend le meurtre de son mari. Très vite, elle est contactée par la CIA ainsi que par de dangereux individus, tous à la recherche d’un pactole qu’aurait planqué son époux avant de mourir. Une fortune dont elle ne sait rien mais qui la met en grand danger.
Au moins peut-elle compter sur la présence réconfortante d’un séduisant divorcé, rencontré aux sports d’hiver, pour l’aider à résoudre cette affaire.
Certains films naissent sous une bonne étoile, rassemblant une communauté de talents pour offrir au cinéma quelques-unes de ses plus grandes réussites.
Charade fait indéniablement partie de ceux-là et offre un spectacle décalé et réjouissant. Sous la houlette de Stanley Donen, cette comédie policière et romantique séduit par sa légèreté et par la nostalgie que lui confère son cadre parisien.
Un Paris de carte postale : avec ses peintres de rue et ses bateaux mouches, mais aussi – vu d’aujourd’hui – un Paris disparu : avec ses halles, ses poinçonneurs du métro et ses bus à plate-forme. Une ville qui a aussi inspiré une des plus célèbres comédies musicales avec Gene Kelly, Un américain à Paris, à laquelle le réalisateur de Chantons sous la pluie rend hommage le temps d’une promenade sur les quais de Seine.

Photo Cary Grant et Audrey Hepburn près de la Seine
La réussite de Charade doit beaucoup à la mise en scène, aussi gracieuse que spectaculaire, de Donen qui emballe ses scènes d’action – ou les joutes verbales de ses deux amants – avec la même grâce que s’il filmait un ballet. Ne laissant rien au hasard, pas même le générique d’ouverture de son film qu’il confie à Maurice Binder (créateur des célèbres génériques sexy de James Bond et de la vision de l’espion au travers du canon d’un pistolet) dont il a contribué à lancer la carrière en lui demandant de créer le générique de son film Indiscret sorti en 1958.
Pour Charade, Binder compose un générique hypnotique et coloré fait de spirales, de lignes qui se croisent et forment un labyrinthe où viennent se perdre les noms des acteurs et de l’équipe technique. Bref, un joli raccourci de ce que sera le film. Le tout porté par l’entraînante musique créée pour l’occasion par Henry Mancini (célèbre, notamment, pour ses partitions destinées à Blake Edwards : La panthère rose, Darling Lili et bien d’autres…) qui n’a pas son pareil pour donner à un film une ambiance jazzy ou, comme ici, une dimension romantique et nostalgique grâce à l’utilisation de l’accordéon.
Particulièrement astucieux, le scénario, écrit par Peter Stone et le célèbre auteur de polars Marc Behm, s’amuse à désorienter le spectateur avec ses multiples rebondissements remplis de clins d’œil à Hitchcock, tout en pimentant le récit de dialogues espiègles concernant le physique de ses interprètes (comme dans cette scène où Audrey Hepburn se demande comment Cary Grant rase sa célèbre fossette au menton), ou la différence d’âge de son couple de stars. Pourtant, malgré les 25 ans qui les séparent, l’alchimie fonctionne parfaitement entre Cary Grant et Audrey Hepburn dont on sent l’évidente complicité à l’écran.
Situé entre les classiques que sont Diamants sur canapé et My Fair Lady, Charade est sans nul doute l’un des films les plus réussis de la filmographie d’Audrey Hepburn, tandis que Cary Grant trouve là le dernier grand rôle de son immense carrière.
Affiche du film Charade version restauréeLe reste de la distribution est, elle aussi, parfaite avec les présences remarquées de Walter Matthau, George Kennedy et James Coburn. Sans oublier l’amusante prestation de Jacques Marin, caution française indispensable, grâce à son physique franchouillard, de nombres de films américains se déroulant en France.
Composée de tous ces atouts, la devinette est facile : Charade est une somptueuse réussite.