Affiche du film La horde sauvage
Texas, début du 20ème siècle.
Piégés alors qu’ils sont en train de dévaliser les bureaux de la compagnie de chemin de fer, Pike et sa bande ne parviennent à prendre la fuite qu’au prix d’une effroyable fusillade en pleine ville. Pourchassés par un groupe de chasseurs de primes conduit par Thornton (l’ancien associé de Pike), les six fuyards trouvent refuge au Mexique et proposent leur service au sanguinaire Général Mapache qui terrorise la région.
Dès le premier plan du film, où cinq cavaliers s’animent au milieu d’un vieux cliché noir et blanc qui semble sorti d’un livre d’Histoire, Sam Peckinpah donne le ton en présentant ses hors-la-loi comme des personnages anachroniques que le monde moderne va bientôt faire disparaître. Un futur destructeur illustré par de nouvelles armes (pistolets, fusil à pompe ou mitrailleuse), de nouveaux engins de locomotion (dont on se sert pour torturer – l’automobile – ou faire la guerre à grande échelle – l’avion) et par des enfants aussi violents que leurs aînés, comme le montre, en début de film, la cruauté de leur jeu où ils s’amusent à opposer quelques scorpions à un nid de fourmis rouges. Une confrontation qui se veut aussi une métaphore du destin des personnages.
Peckinpah offre une vision nihiliste du Far West, un monde rempli d’hommes avides et sans pitié, de militaires violents, d’alcooliques, de prostituées et de bigots donneurs de leçons. Des personnages déjà entraperçus – sur un ton plutôt caustique – dans le western italien et la « trilogie du dollar » de Sergio Leone dont le cinéaste n’occulte pas l’influence (comme le prouve l’amusant cri de stupeur de l’officier s’apercevant que le chargement du train, dont il a la garde, a été volé) mais auquel il apporte une dimension plus sombre et désenchantée.
Si La horde sauvage résonne comme le chant du cygne du western, il peut être aussi considéré comme la pierre angulaire du cinéma d’action moderne avec ses fameuses fusillades qui redéfinissent les codes d’un genre, jusque-là plutôt policé, et la façon de les mettre en scène. Étirement du temps par la multiplication des plans et l’utilisation du ralenti. Insistance sur les corps criblés de balles et les effets sanguinolents. Toute une grammaire de la violence au cinéma devenue monnaie courante aujourd’hui et dont Sam Peckinpah pose ici les bases. Rien de gratuit, cependant, dans cette expression parfois outrancière, mais plutôt une manière de faire passer l’amertume et le désespoir par le biais du saisissement et de l’écœurement.
Chassés d’un avenir qui ne veut pas d’eux (ce n’est pas un hasard si une femme, puis un enfant tirent dans le dos de Pike), ces hommes du passé choisissent de livrer un dernier combat pour l’honneur et l’amitié. Un final échevelé non dénué de romantisme, ni de passion comme celle qu’éprouve secrètement Dutch pour Pike. Se pourrait-il que La horde sauvage ait aussi montré la voie à Ang Lee pour son film Le secret de Brokeback Mountain ?
Portée par une bande de comédiens épatants et par la musique de Jerry Fielding, cette œuvre ambiguë et pleine de paradoxes à sa place au sein des grands westerns américains.