Affiche du film Darling Lili
Alors que la première guerre mondiale fait rage, une célèbre chanteuse anglaise, Lili Smith, joue les espionnes pour le compte de l’Allemagne. Elle doit, d’ailleurs, profiter d’une tournée en France pour séduire le Major Larrabee et lui soutirer des informations militaires top secrètes.
Mais la belle tombe rapidement sous le charme du séduisant aviateur.
Dès le premier plan, où le visage de Julie Andrews apparaît dans le noir, Blake Edwards confectionne pour sa future épouse un véritable écrin cinématographique dont elle est le joyau. Le tout magnifié par la musique d’Henry Mancini et la très belle chanson qu’elle interprète : Whistling away the dark.
Avec Darling Lili, Blake Edwards réalise sans doute l’une des dernières grandes comédies musicales hollywoodienne. Avec ses décors et ses costumes somptueux, sublimés par le technicolor, le réalisateur de Diamants sur canapé fait preuve d’un indéniable formalisme dans la composition de ses plans qu’il ne peut pourtant s’empêcher de dynamiter de l’intérieur par de brusques ruptures de tons ainsi que par son goût pour l’humour décalé : alors que Lili chante pour les blessés du front, un soldat en fauteuil roulant dévale la pente derrière elle pour finir sa course dans un étang.
Le film passe allègrement de la comédie musicale au film de guerre (les affrontements aériens, bien qu’un peu longs, sont filmés avec virtuosité), de la romance au drame, en passant par le film d’espionnage sans que ce mélange des genres ne nuise à l’ensemble.
On y retrouve aussi des personnages récurrents chez Edwards (de l’ivrogne aux domestiques indiscrets) et des thèmes qui lui sont chers. Le burlesque – illustré ici par un tandem d’inspecteurs gaffeurs à la Laurel et Hardy – et Paris, ville souvent présente dans sa filmographie : de La panthère rose à Victor Victoria.
Julie Andrews, charmante et lumineuse, s’emploie, de son côté, à dynamiter son image de jeune femme sage. Avec l’aide du cinéaste, elle va jusqu’à tourner en dérision son personnage de Mary Poppins en entamant un début d’effeuillage dans une tenue proche de celle que portait la nounou anglaise dans le film de Robert Stevenson. Un strip-tease qui sera poussé beaucoup plus loin, quelques années plus tard, dans S.O.B. où le cinéaste reviendra sur le mauvais accueil de son film et règlera ses comptes avec le milieu du cinéma
Finalement, le maillon le plus faible est sans doute Rock Hudson dans le rôle de l’aviateur. Trop vieux pour jouer les jeunes premiers, il ne semble pas très à l’aise avec son personnage et dessert la romance amoureuse auquel on a du mal à croire. Pas dupe, Edwards filme des amoureux qui passent plus de temps à se bécoter qu’à tenter de concrétiser. Et lorsque le major désire enfin passer une nuit avec Lili, la belle ne peut s’empêcher de lui rire au nez.
Académique dans sa forme mais surprenant dans son propos (Lili est une espionne et le reste jusqu’au bout !), Darling Lili est une œuvre déroutante et à part dans la filmographie de Blake Edwards. Peut-être pas la plus réussie mais certainement l’une de celle qui lui tenait le plus à cœur.