Affiche du film Adorable menteuse
Juliette ment !
A tous ! Tout le temps !
A sa sœur, à ses amis, à ses nombreux amants.
Mais ils lui pardonnent car Juliette est charmante.
D’ailleurs personne ne lui résiste.
Sauf ce voisin qui a une tête ennuyeuse, remplie de choses pas très drôles.
Il est amusant de constater que le titre du deuxième long métrage de Michel Deville contient déjà deux des thèmes majeurs de son cinéma : la séduction et la manipulation. Une œuvre où, bien souvent, les femmes mènent le jeu et ne s’en laissent pas conter.
Juliette est un peu la grande sœur de toutes les héroïnes qui jalonneront les films de Deville mais aussi une sorte d’alter ego du cinéaste. Tout comme le réalisateur, elle invente des histoires pour distraire son auditoire. Une activité qu’elle revendique comme un art. Elle le dit d’ailleurs à sa sœur Sophie : « Mentir (…) c’est amusant. C’est comme un roman. Seulement, au lieu d’écrire ce qu’on invente, on le vit. » Et de la vie, Juliette n’en manque pas grâce à la prestation enjouée de la belle Marina Vlady, ni Sophie jouée par la mutine Macha Méril. A elles deux, elles portent le film sur leurs épaules et lui impriment, dès les premières scènes, un rythme fluide et enlevé.
Une nouvelle fois, les brillants dialogues de Nina Companeez sonnent juste, rehaussés par la mise en scène élégante et très élaborée du cinéaste.
Mais, contrairement au huis clos de Ce soir ou jamais, Adorable menteuse s’ouvre cette fois sur le monde extérieur. De la campagne à Pigalle, on pense à Renoir et à son Déjeuner sur l’herbe (1959) mais aussi au polar noir américain avec lequel Deville semble moins à son aise (à la limite de l’onirisme, l’agression nocturne de Juliette par une bande de voyous ne convainc pas vraiment).
Entre classicisme et Nouvelle Vague, entre film d’auteur et film grand public, le jeune réalisateur trace sa route et impose sa vision du monde en marge des modes et des courants cinématographiques.
Dommage que la liberté de ton et l’inventivité de la réalisation ne parviennent pas à compenser un scénario bien trop léger. Aussi fantaisiste soit-elle, cette histoire d’amour entre un quarantenaire très sérieux et une ravissante poupée blonde est amenée d’une façon trop improbable pour être crédible, malgré le talent de Michel Vitold et de Marina Vlady.
On peut néanmoins voir dans cette Adorable menteuse, le brouillon du chef d’œuvre que sera huit ans plus tard L’Ours et la poupée, point d’orgue (avec Benjamin ou les mémoires d’un puceau) du marivaudage ludique orchestré par Michel Deville et Nina Companeez.