Affiche de Basil, détective privé
Londres, 1897. Après que son père, le fabriquant de jouets Mister Flaversham, ait été enlevé, la petite Olivia trouve refuge et assistance chez Basil, célèbre détective qui loge dans les fondations du 221b Baker Street.
Après une bluette animalière gnangnan (Rox et Rouky – 1981) et une sinistre et ennuyeuse Fantasy vaguement inspirée des œuvres de Tolkien (Taram et le chaudron magique – 1985), les studios Disney retrouvaient, avec cette variation pour souris du mythe de Sherlock Holmes, le charme et l’esprit de leurs meilleurs dessins animés tout en amorçant une évolution durable du genre.
Comme le fameux détective, dont il squatte la demeure, Basil (hommage à Basil Rathbone célèbre interprète de Sherlock Holmes dans les années 40) est un fin limier misanthrope qui ne vit que pour ses aventures, ses expériences et ses fameuses déductions. Adepte du violon à ses heures perdues, il est aussi un as du déguisement et ne serait rien sans son compagnon, le fidèle docteur… Dawson.
Il faut saluer les réalisateurs d’avoir su combiner avec justesse l’univers de Conan Doyle (avec sa capitale britannique nocturne et brumeuse) à une intrigue qui, si elle est avant tout destinée aux enfants, n’en est pas moins drôle et enlevée.
Cette façon , tout en clins d’œil, de naviguer entre premier et second degré (Ratigan joue de la harpe dans une ambiance feutrée comme Duchesse dans Les aristochats) et cette volonté de faire « un peu » peur pour s’attirer les faveurs des petits et des grands (le méchant professeur fait carrément bouffer un de ses complices par sa chatte de compagnie obèse !), annoncent déjà la belle liberté de ton qui fera le succès de nombre de ses successeurs de Toy Story à Shrek.
De plus, le film de Ron Clements et Burny Mattinson marque une autre rupture dans le domaine du dessin animé en combinant, pour la première fois dans un long métrage, animation traditionnelle et images de synthèse qui seront utilisées ici pour donner vie aux rouages complexes de l’horloge de Big Ben.
Pourtant, loin de se reposer sur cette prouesse technique indéniable, Basil, détective privé se distingue surtout par la qualité de son scénario et de son humour. Entre deux références sympathiques à l’univers de Conan Doyle ou de Disney, avec cet automate de Dumbo que l’on aperçoit dans un magasin de jouets, le film déploie tout un trésor d’inventivité dont le morceau de bravoure est certainement la manière dont Basil et Dawson se délivrent de la tapette sur laquelle leur ennemi juré les a ligotés.
Surfant sur la crête de la vague technologique et artistique, Ron Clements allait nous offrir quelques années plus tard le superbe Aladdin (1992) avant d’opérer tout récemment un très beau retour aux sources de l’animation traditionnelle avec La Princesse et la Grenouille (2009)
Copié mais difficilement égalé (la méchante chauve-souris Bartok dans le dessin animé Anastasia de Don Bluth (1997) semble être à une version édulcorée de l’affreux Fidget, l’âme damnée de Ratigan), Basil, détective privé – bien que moins célèbre que ses aînés disneyien – demeure un modèle du genre porté par la voix suave et fourbe (en version originale) de Vincent Price dans le rôle du Professeur Ratigan et magnifié par la musique d’Henry Mancini, ébauche de la superbe partition qu’il composera en 1988 pour Élémentaire mon cher… Lock Holmes, autre hommage humoristique au célèbre détective anglais.