Ascension et décadence d’une ballerine du New-York City Ballet pendant les répétitions du Lac des cygnes.
D’une grande maîtrise visuelle, Black Swan vous happe dès la première séquence par un pas de danse aussi fascinant qu’inquiétant.
En quelques plans le tempo est donné.
Le nouveau film de Darren Aronofsky sera sous le signe de la dualité et de l’ambiguïté.
Dualité de Nina (Natalie Portman) qui ne sait plus si elle est en train de perdre pied ou si son entourage veut lui glisser des bâtons dans les jambes.
Dualité – et duel – des sentiments entre Nina et Lilly, sa jolie doublure.
Dualité des reflets. Que ce soit dans la salle de bain de Nina, dans les toilettes, dans le métro, dans la salle de répétition ou dans la loge de la danseuse étoile : les miroirs sont partout et ne disent pas la même chose.
Egalement de tous les plans, Natalie Portman joue à la perfection du côté duel de son personnage : petite fille sage, sous l’emprise d’une mère envahissante et aigrie, cherchant désespérément à voler de ses propres ailes. Elle est la raison d’être du film qu’elle porte sur ses frêles mais solides épaules.
Dualité, enfin, de la mise en scène qui suit de manière quasi documentaire la vie et les préparatifs d’un corps de ballet tout en faisant des incursions répétées dans l’onirisme et le fantastique.
Dans ce jeu des faux semblants, mêlant esthétique et fantastique, on pense inévitablement aux films de Dario Argento et à Suspiria, plus particulièrement, qui mêlait déjà danse et épouvante. (Notons au passage, pour les amateurs de bizarreries, que les deux réalisateurs ont les mêmes initiales. Si ce n’est pas un signe ça…)
Malheureusement, si Darren Aronofsky soigne la forme de son film, il ne parvient pas à égaler les meilleures réalisations du petit maître de l’angoisse italien. La faute à une intrigue bien trop téléphonée et à une mise en scène tellement démonstrative qu’elle en vient à flirter avec les poncifs de l’horreur. Dans ce domaine, ce ne sont pas des chaussons de danse que le cinéaste a aux pieds mais de gros sabots. La moindre ombre qui se faufile dans le théâtre, le plus petit effet dramatique est surligné par un accord musical ou un son strident qui fait bondir le spectateur sur son siège.
Ajoutez à cela quelques effets spéciaux lourdauds et répétitifs qui ne terrifieront que ceux qui se rongent les ongles et ceux qui n’aiment pas (a)voir la chair de poule et vous obtenez un film oscillant entre le bancal et le génial.
Dualité quand tu nous tiens…
Ne reste alors que l’interprétation éblouissante de Natalie Portman.
Sous nos yeux ébahis, une sympathique comédienne vient de se transformer en une grande actrice.
C’est certainement là que réside le plus grand tour de force de Black Swan.