Harry Brown est un vieil homme fatigué vivant dans une banlieue sordide de Londres livrée aux gangs et aux trafics en tous genres.
Le jour où son seul ami est retrouvé mort, assassiné par de jeunes voyous de la cité, l’ancien marine décide de reprendre les armes.
Ce film âpre, entièrement tourné au milieu de grands ensembles en béton, n’a rien d’une promenade de santé. Avec sa mise en scène sèche et sobre mêlant prise de vue classique (l’univers d’Harry Brown) et images de téléphones portables (le monde des jeunes délinquants), Daniel Barber nous dépeint une société en détresse plutôt terrifiante.
Détresse d’un vieil homme que la caméra saisit avec acuité, en quelques plans silencieux. La façon dont nous est présenté le rituel immuable des préparatifs matinaux d’Harry Brown en est d’ailleurs un bel exemple.
Détresse de jeunes laissés pour compte exprimant leur colère par la violence.
C’est de la coexistence de ces deux mondes que nait la tension baignant tout le film. Dans ces conditions, la rencontre entre Harry Brown et deux junkies, receleurs d’armes, ne peut être qu’explosive.
Dans le rôle principal, Michael Caine déploie toute la palette de son talent et prouve qu’il n’est pas seulement l’excellent second rôle des derniers films de Christopher Nolan. A 77 ans, il reste un acteur d’exception. Avec une belle économie de jeu (un geste, un sourire, une attitude) il met à jour les fêlures et les peurs de son personnage mais aussi sa détermination. Car si le corps a vieilli, le regard inflexible de l’acteur, celui de Jack Carter dans La loi du milieu, reste le même.
D’ailleurs, la filiation entre le film de Mike Hodges et celui de Daniel Barber ne fait aucun doute. Une histoire de vengeance ancrée dans un milieu social difficile avec un héros aussi froid et sans pitié que ses adversaires.
Radical, le film de Daniel Barber se voudrait sans concession. Malheureusement, le dernier plan du film (un brin cynique ?) vient un peu gâcher la portée du propos. En 1971, Mike Hodges n’avait pas eu cette délicatesse et avait tenu la gageure d’un film noir jusqu’au-boutiste.
Harry Brown n’en reste pas moins une œuvre dérangeante dont la vision n’est vraiment pas de tout repos.