Film à sketches d’épouvante divisé en trois segments : Le téléphone, Les Wurdalaks et La goutte d’eau.

Tourné dans la foulée de La fille qui en savait trop, Les trois visages de la peur ressemble à un test dans lequel Mario Bava aurait compilé son savoir faire et ses obsessions passées et futures autour de la peur.
Présenté non sans humour par Boris Karloff, le film s’ouvre avec Le téléphone. Ce nouveau galop d’essai en couleur dans l’univers du thriller débouchera, un an plus tard, sur la véritable naissance du Giallo avec Six femmes pour l’assassin. Sans doute le meilleur sketch des trois, le récit mêle suspense parfaitement dosé et érotisme léger dans un huis-clos bien orchestré où Michèle Mercier séduit autant par sa plastique que par son interprétation d’une femme lentement rongée par l’angoisse.

En dépit de la présence de Boris Karloff, Les Wurdalaks est le maillon faible des Trois visages de la peur. Il se contente de reprendre la trame gothique et vampirique du Masque du démon sans y apporter la moindre plus-value, sinon une plus grande noirceur dans le propos (un enfant y est tué et la conclusion évite tout dénouement heureux) qui vient confirmer les penchants nihilistes du cinéaste.
La goutte d’eau ne fait heureusement pas déborder le vase et conclut sur une impression positive ce film un peu bancal avec un récit de fantôme revanchard, ébauche des expérimentations sur l’effroi d’Opération peur ? Si le cadavre de la vieille Comtesse est particulièrement outré (s’est-on inspiré de son physique pour le personnage de Chucky ?) c’est comme pour mieux contrebalancer la subtilité des effets horrifiques qui vont suivre. Bava y soigne magnifiquement ses ambiances et exploite la peur du noir par un très beau travail sur les ombres et les couleurs tout en jouant sur des effets minimalistes : une main sortie de nulle part, une mouche opiniâtre… Surtout, il peaufine sa bande son qui, entre deux inquiétants grincements, met en valeur le bruit obsédant d’une goutte d’eau.
Quant à l’épilogue, qui voit le retour de Boris Karloff, il surprend en dévoilant, avec humour, quelques trucages ainsi qu’une partie de l’équipe de tournage.
S’il n’est pas représentatif de ses meilleurs films, Les trois visages de la peur donne, en tous cas, un bel aperçu du talent de Mario Bava.