Affiche du film Au-delà des collines
Alina revient en Roumanie afin d’emmener en Allemagne, où elle a trouvé du travail, la femme dont elle est amoureuse. Mais Voichita, qui s’est réfugiée dans un monastère, a trouvé son salut dans la religion et l’amour de Dieu. Un amour inconditionnel qui va se heurter à celui, tout aussi exclusif, que lui voue Alina.
Dès le premier plan, le ton est donné sur les relations qui vont désormais unir (ou plutôt désunir) les deux amies et au bout de trois scènes seulement l’immersion est totale au sein de ce petit monastère orthodoxe isolé dans les collines où cohabitent un prêtre et quelques religieuses.
Après 4 mois, 3 semaines et 2 jours, le nouveau film de Cristian Mungiu est un régal de mise en scène. Rigoureuse, elle sert idéalement son sujet.
En choisissant de focaliser son attention sur la vie de cette petite communauté qu’un élément extérieur (et perturbateur) va lentement pousser aux pires extrémités, le cinéaste opte pour des plans fixes très travaillés, composés comme autant de tableaux dans lesquels s’inscrivent idéalement chacun des protagonistes (de la même manière que chacun à sa place et sa tâche au sein du monastère). Sous l’apparente rigidité du cadre se dévoile petit à petit la richesse de la mise en scène tandis que l’utilisation parcimonieuse des travellings permet au réalisateur de s’approcher au plus près des personnages et de leurs préoccupations.
Car c’est là toute la force d’Au-delà des collines : ne pas porter de jugements sur les agissements des protagonistes – tous unis dans leur envie de « bien faire » – afin de tenter de nous livrer un constat objectif sur un drame en devenir. De la difficulté pour Alina et Voichita de vivre leur amour au grand jour, au laxisme des autorités et jusqu’à la façon dont une paisible communauté va être poussée à pratiquer « par charité » un exorcisme. Acte odieux qui se déclenche presque « naturellement » non par la faute de la religion mais à cause des croyances et des idées reçues qu’elle véhicule depuis des siècles au sein de la population. Les scènes à l’hôpital – où certains employés (médecin et infirmières) s’en remettent aux prières pour parfaire leurs soins et motivent les religieux dans leurs actes, fussent-ils répréhensibles – mettent parfaitement l’accent sur une société moderne encore imprégnée de traditions et croyances ancestrales
Si le film est âpre par son sujet ainsi que dans la description des difficiles conditions de vie au monastère (le froid et la rigueur de l’hiver imprègnent tout le long métrage), Cristian Mungiu à l’intelligence de tempérer son propos par une certaine forme d’humour qui n’est pas sans rappeler les méthodes de la comédie italienne, jamais aussi drôle et féroce que lorsqu’elle s’attaquait à des sujets de société sensibles. La rébellion d’Alina ne manque pas de piquants, ni la façon qu’elle a de retourner les préceptes du prêtre à son avantage. Une causticité qui ne se révèle pas de prime abord mais qui prend toute sa saveur lors des dernières scènes qui ramènent brutalement la petite communauté religieuse à ses responsabilités.
Sous ses apparences austères, Au-delà des collines est une œuvre subtile (prix du scénario à Cannes) portée par d’excellents comédiens (Cosmina Stratan et Cristina Flutur ont mérité leur prix d’interprétation féminine à Cannes) qui gagne à être vue plusieurs fois pour en découvrir les multiples facettes.