Affiche du film : Mon pire cauchemar
C’est l’histoire d’Agathe, bourgeoise psychorigide spécialisée dans l’art contemporain, qui croise la route de Patrick, amateur de pinard, spécialisé dans le fourrage de boudins…
Après avoir été encensée pour avoir offert à Benoît Poelvoorde son premier rôle dramatique (Entre ses mains), Anne Fontaine semble s’être amusée à renvoyer son acteur à l’un des personnages forts en gueule qui ont fait sa gloire. Hélas, sans mesure, la démesure est un peu vaine et en s’essayant au pire, la réalisatrice finit très vite par transformer l’humour qui l’habite en une vulgarité plutôt convenue.
Après un début enlevé, basé sur l’antagonisme de deux caractères bien trempés, le scénario se met à brosser à gros traits les travers de la bourgeoise et du prolo en voulant faire dans l’authentique. Patrick passe donc le plus clair de son temps dans les bars où il assène, à ceux qui veulent bien lui offrir un verre, des vérités fleuries et bien senties tandis qu’Agathe organise des dîners mondains où tout le monde s’écoute parler et se fait, forcément, chier.
Difficile d’imaginer la moindre idylle entre deux êtres aussi gratinés et stéréotypés… C’est pourtant ce que veut tenter de nous faire croire la cinéaste en faisant passer leur histoire d’amour par le biais d’une histoire de cul… de bouteille. L’ivresse mondaine de l’une et la biture de comptoir de l’autre finissent ici par se rejoindre dans le même fond de verre. La nuit, noyés dans les vapeurs d’alcool, tous les étalons sont gris et l’amateur de boudins aux gros seins va s’employer à bien beurrer la bourgeoise afin de mieux la débourrer au lit. Mention spéciale à la grotesque scène où Patrick fait découvrir à Agathe les charmes de la brouette.
Dès lors, les deux héros ne vont avoir de cesse de se chamailler et de se courir après dans un récit truffé de clichés tellement énormes qu’ils finissent par transformer leur triviale poursuite en une simple triviale pour cuite.
Après le très académique Coco avant Chanel, Anne Fontaine continue de déployer une mise en scène chic et sans invention qui, à l’image de son couple de bourgeois frileux, joue à se faire peur. Entre deux faux raccords, la cinéaste s’offre même le luxe de se moquer d’une véritable œuvre d’art photographique avec le concours de l’artiste qui, pour l’occasion, à dénaturer – et de quelle manière ! – son cliché (comme le générique de fin juge utile de le préciser, histoire de bien faire mesurer au public – qui a depuis longtemps déserté la salle – la teneur de l’exploit !).
Finalement, le plus gonflé et le plus vulgaire dans tout cela, n’est-ce pas plutôt le joli placement publicitaire pour Ikéa, et la façon dont le scénariste est parvenu à faire vanter au comédien belge les « fameuses » boulettes de viande suédoises ?
Dans cette « culmédie » pas vraiment destinée aux enfants, il est bien triste de voir Benoît Poelvoorde et Isabelle Huppert se vautrer dans leur propre caricature sous le regard, et le sourire désolé, d’un André Dussollier distant. Un beau gâchis dont la palme du ridicule revient à Isabelle Huppert pour la scène où elle se déhanche, complètement ivre, sur la piste de danses d’un bar à cocottes avec la grâce et la conviction d’un camionneur en tutu.
Si, pour les spectateurs, Mon pire cauchemar peut finalement passer pour un avertissement, pour Anne Fontaine : Mon pire ratage eût été une accroche beaucoup plus appropriée !