Affiche de Les aventures de Tintin : Le secret de la Licorne
Tintin, jeune reporter belge, achète sur un marché aux puces la maquette d’un vieux galion : La Licorne. Un objet très convoité qui va l’emporter dans des aventures mouvementées à la rencontre du capitaine Haddock…
Avec Les aventures de Tintin : Le secret de la Licorne, c’est pour Steven Spielberg l’aboutissement d’un projet de 30 ans qui se concrétise sur grand écran. (Le cinéaste avait découvert le héros d’Hergé à la sortie de son film Les aventuriers de l’arche perdue (1981), après qu’un journaliste lui ait dit avoir trouvé des similitudes entre Tintin et Indiana Jones). Afin d’adapter au mieux la célèbre bande dessinée, Steven Spielberg décide – sur les conseils de Peter Jackson – de transposer à l’écran l’œuvre d’Hergé à l’aide de la « Performance Capture » utilisée pour donner vie aux Na’vi d’Avatar de James Cameron. Grâce à ce procédé, à mi-chemin entre la prise de vue réelle et le dessin animé, on comprend dès les premières minutes du film que le pari fou du réalisateur d’E.T. est, en partie, gagné en parvenant à redonner vie aux années 40 dessinées par Hergé. D’autant que Spielberg soigne particulièrement ses ambiances : du quartier où habite Tintin à la découverte nocturne du château de Moulinsart, qui est certainement la plus belle et mystérieuse scène du film.
Portée par de solides comédiens, l’utilisation de la Performance Capture est particulièrement convaincante et s’est beaucoup amélioré depuis Le Pôle Express et Beowulf de Robert Zemeckis. Les personnages ont troqué leurs yeux de poissons morts pour des regards beaucoup plus expressifs. Des regards qui surprennent, ici, puisque les héros d’Hergé n’ont, paradoxalement, que deux points noirs pour représenter leurs yeux.
Autre étrangeté, dont on ne sait si elle est due au procédé de captation de mouvement, les Dupondt et le capitaine Haddock ont le visage étrangement rond et bouffi. Le cinéaste, sans doute conscient de ces différences un peu perturbantes, s’amuse de cette transition dès le début de son film où, sous forme d’une animation plus traditionnelle, il truffe le générique de références visuelles aux premières aventures de Tintin. Le passage de témoin d’un univers à l’autre se faisant de la main même d’Hergé qui, en caricaturiste sur le marché aux puces, croque le héros de cinéma en le dessinant avec son visage de papier.
Après le retour raté d’Indiana Jones il y a trois ans, l’univers d’Hergé semble donner une cure de jouvence à Spielberg. A l’image du générique plein d’inventivité qui évoque celui de Arrête-moi si tu peux et de la mise en scène énergique, remplie de clins d’œil à ses premiers films : la houppe de Tintin sortant de l’eau et fendant les flots en direction de ses adversaires évoque immanquablement l’aileron du requin des Dents de la mer fonçant sur ses proies.
Le scénario n’est pas en reste qui mélange habilement les albums Le secret de la Licorne et Le crabe aux pinces d’or en faisant la part belle aux aventures trépidantes du reporter.
Toutefois, en mettant un peu trop l’accent sur les multiples rebondissements du récit, il oublie de créer des moments de pause qui auraient permis de développer un peu plus la psychologie des personnages et d’apprécier pleinement la beauté et la variété des décors. Cette absence de temps morts finit par parasiter l’intrigue qui en devient, par moment, confuse.
Mais le principal regret vient du capitaine Haddock. Devant la caméra de Spielberg, le marin colérique et alcoolique (parfait contrepoint du très lisse Tintin) semble s’assagir au point de devenir quasiment abstinent à la fin du film. Perdu dans le désert et complètement assoiffé, il ne prend même plus Tintin pour une bouteille de champagne, c’est dire…
Si il est vrai que cette tentation du politiquement correct se manifestait dans les derniers albums d’Hergé, il est vraiment dommage qu’elle apparaisse dès les premières aventures cinématographiques du tandem. Une concession de plus aux ligues de vertu qui, pour protéger la santé de nos enfants, ont fait disparaitre la cigarette de Lucky Luke et la pipe de M. Hulot.
Malgré cette agaçante édulcoration, Les aventures de Tintin : Le secret de la Licorne est un agréable divertissement (auquel la 3D n’apporte, une fois de plus, pas grand-chose, sinon des sous dans la poche des studios qui l’ont produit) qui laisse espérer de très prochaines aventures pour tous les jeunes de 7 à 77 ans.