The prodigies
Jimbo, chercheur prodige capable de contrôler son entourage par la seule force de son esprit, travaille au service de la Fondation Killian qui s’occupe de repérer les enfants surdoués. Il désespère de pouvoir trouver des êtres qui lui ressemblent, jusqu’au jour où cinq adolescents ne se connaissant pas, et ayant réussi à passer les tests d’un jeu qu’il a élaboré, entrent simultanément en contact avec lui…
Les Français sont devenus une référence mondiale au niveau de l’animation et des effets spéciaux. Il suffit de regarder le générique de plusieurs grosses productions américaines récentes (comme celui de Thor de Kenneth Branagh) pour s’en persuader.
La sortie de The Prodigies est donc une bonne nouvelle qui permet de mettre en avant ces talents et de développer une voie peu exploitée en Europe : celle du dessin animé pour adultes (l’interdiction aux moins de 12 ans est ici tout à fait justifiée).
Filmé grâce au procédé de captation de mouvements, l’animation possède une indéniable fluidité et offre aux spectateurs de nombreuses scènes spectaculaires et oppressantes. Pourtant, le résultat final ne convainc pas. La faute à un graphisme trop lisse et stéréotypé qui rappelle les dessins animés fabriqués à la chaine pour la télévision (ici, un mélange de Linus & Boom et de Code Lyoko). On est, hélas, bien loin des audacieux choix graphiques d’un film comme Renaissance de Christian Volckman (2006), autre tentative française de cinéma d’animation adulte, dont le noir et blanc donnait une véritable identité au film.
Si The Prodigies n’a pas les qualités graphiques de Renaissance, il en a, par contre, le défaut principal : le scénario. Ce sont d’ailleurs les mêmes scénaristes qui ont « œuvré » sur le film de Christian Volckman…
Librement inspiré d’un roman de Bernard Lentéric, le récit est formaté pour plaire au plus grand nombre et principalement au public adolescent qui semble le cœur de cible du film. En effet, la caractérisation des cinq jeunes héros relève plus des catégorisations d’individus issues d’instituts de sondage que de l’envie des scénaristes de leur développer une personnalité propre. Histoire de taper large, on trouve donc un jeune rebelle… forcément à casquette, une fille à papa, un obèse, un noir et une asiatique…
Quant au fameux affrontement des génies – destiné à les faire connaitre du grand public – il se fait sur le mode de l’émission « Nouvelle Star » avec animateur décérébré et public hurlant à la clef. N’espérez pas, là non plus, y trouver une quelconque critique de ce genre de programmes, juste une volonté consensuelle d’être dans l’air du temps.
Véritable produit marketing plus que réelle révolution de l’animation, The Prodigies risque donc de se démoder très vite. L’utilisation de la 3D n’arrange rien, qui se révèle encore une fois sans relief mais certainement très gratifiante pour le tiroir caisse. Il suffit d’ailleurs de rester dans la salle jusqu’à la fin du générique pour s’en persuader. Le clip en 3D de la chanson principale du film y est présenté avec un petit message de promotion pour la télévision d’Orange (coproducteur du film) et sa chaîne en 3D !
Quand le commerce prend le pas sur la créativité on a tout à craindre, jusqu’au remplacement du magnifique titre du roman de Lentéric : La nuit des enfants rois par un consensuel, et surtout très exportable, « Ze prodigiz » (en prononciation française dans le texte !).
Un prodigieux gâchis…