
1885. William F. Cody, dit Buffalo Bill, règne sur le Wild West Show, spectacle grandeur nature qui relate la vie des pionniers dans l’Ouest américain et célèbre ses « exploits ». Afin de renouveler son show, Buffalo Bill fait libérer Sitting Bull, le vainqueur de la bataille de Little Big Horn, pour lui faire jouer son propre rôle.
Même si le film s’inscrit dans la lignée des films des années 70 tentant de réhabiliter le peuple amérindien et de dénoncer leur massacre (Little Big Man, Soldat bleu, Un homme nommé Cheval), Buffalo Bill et les Indiens n’a, hormis son décorum, rien d’un western. Robert Altman préfère se pencher sur la vie d’une troupe de cirque qui, de mensonges en approximations au sein d’un parc d’attraction révisionniste comme il en existe encore aujourd’hui, a fini par créer un mythe autour de la fondation des États-Unis et de ses courageux colons face aux méchants indiens. Une légende du Far West qui continue de perdurer en dépit des critiques.
Avec beaucoup de dérision et d’humour, le cinéaste se lance dans la satire d’une entreprise de spectacles spécialisée dans la réécriture de l’Histoire et qui, plébiscitée par le public, ira jusqu’à exporter ses idées jusqu’en Europe. Dans ce jeu de massacre fort plaisant, seuls Annie Oakley (la tireuse d’élite incarnée par Geraldine Chaplin) et Sitting Bull trouvent grâce aux yeux d’Altman qui, après une mise en place brouillonne, finit par s’enliser dans un film choral où la chronologie des évènements est noyée sous un flot d’informations disparates dont le seul point de repère est William F. Cody. Dans le rôle titre, Paul Newman, épatant, est particulièrement à l’aise dans le second degré tandis que Burt Lancaster (dans le rôle du créateur du mythe de Buffalo Bill) se retrouve sous employé, se contentant de quelques scènes où il joue l’équivalent d’un chœur antique.
Plaisant mais pas complètement convaincant faute d’un véritable fil conducteur, Buffalo Bill et les Indiens mérite d’être (re)découvert pour sa mise en garde contre la mégalomanie des révisionnistes et autres fabricants de rêves dont certains arrivent encore au pouvoir aujourd’hui.