Affiche du film The Grand Budapest Hotel
1968. Europe de l’Est. Le propriétaire d’un palace sur le déclin raconte à un écrivain comment il est devenu milliardaire. Tout à commencé en 1932, en pleine montée du fascisme, avec les aventures rocambolesques de Monsieur Gustave, concierge de ce même grand hôtel, et de son groom nommé Zéro.
Si le drôle et nostalgique Moonrise Kingdom vous a plu, The Grand Budapest Hotel va vous enchanter. Le nouveau film de Wes Anderson est un superbe condensé de l’ensemble de son cinéma où l’on retrouve pêle-mêle son goût pour les histoires de famille éclatée, les décors colorés, les maquettes ciselées, les mouvements de caméra élaborés, la nostalgie surannée et l’humour décalé.
Une véritable BD sur grand écran qui slalome sans temps mort entre les époques (2014, 1985, 1968, 1932) et les lieux : d’un grand hôtel à une prison en passant par monastère et une piste de ski où le cinéaste nous offre une mémorable course poursuite, digne d’un dessin animé.
Comme Agatha, la fiancée de Zéro, qui compose de fines pâtisseries viennoises, Wes Anderson assemble avec minutie sa pièce maîtresse en l’agrémentant des belles compositions slaves d’Alexandre Desplat et en la décorant d’une ribambelle d’acteurs de premiers choix. Des fidèles de la première heure comme Bill Murray ou Owen Wilson aux nouveaux venus comme F. Murray Abraham, Jude Law et surtout Ralph Fiennes qui trouve là un de ses meilleurs rôles. En concierge élégant et racé, ne dédaignant pas les turlutes prodiguées par ses vieilles et riches clientes, il est tout simplement exquis. Tout comme le couple mal assorti qu’il forme avec le jeune Tony Revolori.
Un met sucré que le cinéaste a toutefois le bon goût de tempérer par une pointe d’amertume, donnant au final à sa préparation un goût doux-amer. Car si la fantaisie et le bon goût règnent en maître au Grand Budapest Hotel, le réalisateur sait aussi qu’ils ne peuvent échapper indéfiniment à l’intolérance et à la cruauté du monde extérieur.
A l’image de son Monsieur Gustave, Wes Anderson fabrique de l’illusion mais à la différence de son avenant concierge il n’en est pas dupe et n’en fait pas une finalité en soi. Tout comme l’écrivain joué par Jude Law, il se revendique aussi conteur avec un héritage à transmettre – celui par exemple des récits de Stefan Zweig auxquels le cinéaste rend hommage. Une manière de lutter contre l’obscurantisme qui guette chaque époque troublée.
Plus noir et ambigu qu’il n’y parait de prime abord, The Grand Budapest Hotel, est le film le plus abouti du cinéaste et, sans doute, le plus personnel.

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