Affiche du film Only Lovers Left Alive
Il s’appelle Adam.
Elle s’appelle Eve.
Il est musicien.
Elle aime la littérature.
Il vit à Detroit.
Elle vit à Tanger.
Ils s’aiment depuis des siècles.
Ce sont des vampires.
Avec Only Lovers Left Alive, Jim Jarmusch redonne un peu de sang frais à des vampires devenus exsangues tellement le cinéma et la télé s’en sont abreuvés depuis une dizaine d’années. Ici pas de vampires guerriers façon Blade ou Underworld, ni de buveurs de sang « fleur bleue » comme dans Twilight.
Êtres séculaires, les vampires selon Jarmusch sont des gens cultivés (ils aiment l’art sous toutes ses formes) et mélancoliques (ils sont les témoins de la dégénérescence du monde qui les entoure). Une vision du vampire qui renoue avec la tradition romantique britannique du XIXème siècle, celle de Byron et de Shelley auxquels le film se réfère.
Dès les premières minutes, on retrouve le goût du cinéaste pour la musique, les scènes nocturnes et les plans esthétisants auxquels il donne un aspect gothique grâce à l’utilisation judicieuse des rues de Detroit. De la vieille maison, lugubre et fascinante, d’Adam isolée dans une rue à l’abandon au vieux théâtre du début du XXème siècle transformé en parking. Du concert dans une boîte à la mode aux balades au milieu des quartiers déserts et des usines désaffectées.
Dans ce monde qui part en morceaux, les vampires sont les seuls qui tournent encore en rond comme le laisse suggérer la belle séquence d’ouverture d’Only Lovers Left Alive où le mouvement d’un 45 tours sur une platine s’accorde au mouvement de la caméra tournant autour d’Adam et Eve. A l’inverse, les humains, ou zombies comme les vampires les appellent, passent leur temps à détruire tout ce qui les entoure.
« Ils ont contaminé l’eau et ont même réussi à contaminer leur sang » comme le fait remarquer un Adam en proie à la mélancolie. Une nostalgie, récurrente dans tous les films de Jarmusch, que porte avec conviction Tom Hiddleston, parfait en séduisant rockeur dandy. Face à lui, Tilda Swinton est une nouvelle fois fascinante avec sa chevelure blanche et son visage éthéré. A chacune de ses apparitions, elle vampirise littéralement l’écran. A eux deux, ils font oublier les langueurs du film et un scénario plein de zones d’ombre qui ne développe pas assez les pistes qu’il amorce. Le personnage de la sœur, notamment, qui est sous exploité.
Ces réserves faites, voilà bien longtemps que l’on n’avait pas eu l’occasion de se mettre sous la dent un film de vampires aussi planant et romantique sans ajout d’effets de synthèse.
Alors, bon sang, ne manquez pas ce voyage musical de Detroit à Tanger et allez vous y abreuver.