Affiche du film 3 hommes à abattre
De nuit, sur une route de campagne isolée, Michel Gerfaut, joueur de poker professionnel, vient en aide à un homme victime d’un accident de voiture. Il se retrouve impliqué contre son gré dans un complot qui vise à faire disparaître les proches collaborateurs d’un riche industriel de l’armement et devient la nouvelle cible des tueurs.
3 hommes à abattre s’inscrit dans la mouvance des polars noirs qui ont eu leurs heures de gloire en France dans les années 70 et offre à Alain Delon un de ces rôles d’homme traqué qu’il affectionnait tant à l’époque.
Servi par la mise en scène efficace de Jacques Deray, le film offre son lot de scènes chocs (la course poursuite en plein paris et la fusillade dans une station service ou le meurtre à travers le judas d’une porte) entre des séquences de transition qui prennent, par contre, vraiment leur temps. (Gerfaut raconte pendant plusieurs minutes à son ami Liéthard les évènements que l’on vient juste de voir tandis que l’on filme, quasiment sans coupure, les parcours à pieds des personnages de leur voiture à leur domicile).
Mais tout en lorgnant sur des films comme Mort d’un pourri où un quidam se trouve pris dans une machination implacable, 3 hommes à abattre pose aussi les bases de ce que seront les futurs films de Delon avec des flics dans le titre (Pour la peau d’un flic, Parole de flic, Ne réveillez pas un flic qui dort…), où le comédien peaufinera son personnage de justicier aussi implacable que macho.
Ici, Gerfaut traite sa compagne italienne (la jolie mais insipide Dalila Di Lazarro) avec désinvolture et mépris. Et quand vient le moment de passer à l’action, le joueur de cartes professionnel troque sa veste et sa chemise contre un blouson de cuir noir et des lunettes de soleil, histoire de bien montrer qu’il peut aussi jouer les mauvais garçons. Ce faisant, Delon enlève toute crédibilité à son personnage qui devient soudain expert dans le maniement des armes.
Porté par la belle partition de Claude Bolling, le film de Jacques Deray parvient pourtant à marquer les esprits par l’excellence de sa distribution (Pierre Dux en capitaine d’industrie affable mais impitoyable est épatant tout comme Michel Auclair, Jean-Pierre Darras ou Bernard Le Coq) et surtout grâce à une fin étonnamment noire et sans concession.