Affiche du film Or Noir
Dans les années 1930, deux sultans se disputent un coin de désert qui renferme un véritable trésor : le pétrole. Source de développement pour l’un, néfaste pour l’autre : les deux courants s’affrontent. Qui va l’emporter ?
Dès les premières scènes d’Or noir, Jean-Jacques Annaud dévoile son ambition. Offrir aux spectateurs un film digne des grandes épopées d’autrefois (façon Lawrence d’Arabie de David Lean) avec images somptueuses et pléthore de figurants. S’il est louable de ne pas avoir cédé au mirage de l’action tout numérique, il est regrettable que le réalisateur français ne se soit pas donné les moyens de son ambition.
Traité sous la forme d’un conte moral (n’allez pas chercher ici une quelconque vérité historique), le scénario se tire une balle dans le pied en tentant de justifier les motivations des deux adversaires.
Car en voulant éviter tout manichéisme, le récit ne permet pas de prendre fait et cause pour l’un ou l’autre des sultans : les deux étant, tout à la fois, sympathiques et antipathiques. Point de vue fort louable, mais pour que ce traitement subtil fonctionne, encore eut-il fallu que les personnages soient développés avec plus de finesse.
En père aimant mais homme d’affaire roublard, Antonio Banderas compose un sultan à la limite de la caricature. Avec ses froncements de sourcils et ses roulements d’yeux, il en fait des tonnes et revisite le loup de Tex Avery en remplaçant, hélas, le lubrique par le pathétique.
Freida Pinto en princesse de 1001 nuits est jolie et… jolie.
Quant au prince Auda, censé incarner la vertu et la raison, s’il réussit à préserver l’intégrité de son peuple face aux intérêts étrangers, il ne parvient pas, lui non plus, à sauver le film. Tahar Rahim semble, d’ailleurs, bien mal à l’aise avec son personnage de gentil intellectuel sensible qui se découvre subitement (en même temps qu’il perd l’usage de ses lunettes) brillant meneur d’hommes et redoutable chef de guerre.
Heureusement que Mark Strong (souvent cantonné aux rôles de méchant du Sherlock Holmes de Guy Ritchie au Kick Ass de Matthew Vaughn) donne à son rôle de souverain, droit et inflexible, une véritable prestance et un indéniable charme. Sa prestation mérite vraiment le détour, ainsi que celle de Riz Ahmed. En médecin progressiste et cynique, il vole littéralement la vedette aux autres acteurs et apporte, brièvement, un peu d’air frais à un film bien trop ampoulé.
Il faut dire que l’on a connu le réalisateur plus inspiré. Ici, sa mise en scène manque singulièrement de lyrisme et les scènes de bataille laissent de marbre, malgré l’impressionnante débauche de moyens et les jolies envolées musicales de James Horner.
Sur un sujet pourtant brûlant, Jean-Jacques Annaud nous livre un film tiède et Or Noir, qui n’a rien de la pépite annoncée, pédale sérieusement dans l’huile. Plutôt que de se cantonner aux grosses productions sans âme, souhaitons au cinéaste de retrouver le feu guerrier de ses débuts et son coup de tête de jeunesse, son cinéma y gagnera en qualité et ses spectateurs en plaisir partagé…