Si vous aimez les performances d’acteurs, Une exécution ordinaire devrait vous ravir par la qualité de son interprétation. La composition d’André Dussollier dans le rôle de Staline est tout bonnement stupéfiante et sa confrontation avec Marina Hands, plus en retrait, fait tout le sel de ce film. A un comédien près toutefois : Edouard Baer, dont le jeu étrangement plat et résigné frise la désinvolture.
Si vous aimez les récits bien écrits, Une exécution ordinaire devrait aussi vous plaire. A une scène près : celle où il est fait référence à Poutine. L’auteur devait trouver la citation amusante (alors qu’elle est bien lourde) et pensait, sans doute, faire un clin d’œil bienvenu à ses lecteurs et à son roman (plus étendu au niveau chronologique) dans lequel ce récit s’inscrit. Raté !
Enfin, si vous aimiez Au théâtre ce soir, Une exécution ordinaire devrait vous ébahir. Avec ses costumes à la Donald Cardwell, ses décors à la Roger Harth et sa mise en scène plan-plan Marc Dugain nous fait plutôt revivre les grands moments de l’ORTF que les angoisses d’une société soumise au bon soin d’une bureaucratie toute puissante et vivant dans la peur de la délation.
Certains verront certainement dans le statisme de la caméra une manière de faire ressentir l’immobilisme de l’état soviétique sous Staline. Baliverne ! Il suffit de revoir Brazil de Terry Gilliam et ses plans ébouriffants (sur une thématique similaire) pour comprendre que ce qui manque avant tout à Une exécution ordinaire c’est un réalisateur.
La faute sans doute à cette mode qui voit passer les écrivains derrière la caméra pour adapter leurs œuvres alors que d’autres s’en seraient mieux sortis à leur place. J’en veux pour preuve l’adaptation réussie d’un autre roman de Marc Dugain : La chambre des officiers par François Dupeyron.
Néanmoins, ne boudons pas notre plaisir et reconnaissons à l’apprenti cinéaste une certaine habileté dans la direction d’acteurs. Ce qui, comparé à ses prédécesseurs, n’est déjà pas si mal !