« Ma ville hurle, ma ville crie » dit le Spirit en faisant des bonds ridicules entre les immeubles de Central City.
Faut dire qu’à part sa belle gueule, Denny Colt, ancien flic mystérieusement revenu d’entre les morts pour jouer au justicier, n’a rien pour lui.
D’esprit ce bellâtre n’en a guère, sinon le nom. Il passe, en effet, le plus clair de son temps à se vautrer dans la merde (au propre comme au figuré) avec son ennemi juré Octopus. Ah, il faut les voir, ces deux abrutis, se battre dans le caca tout en se frappant à coups de cuvette de WC dans une scène où le risible le dispute au ridicule.
Et que penser de ce passage consternant où Samuel L. Jackson et Scarlett Johansson cabotinent déguisés en officiers nazis ? Que Frank Miller, après les spartiates aryens et va-t-en guerre de 300, pourrait avoir une certaine fascination pour le IIIème Reich ?
Qu’un auteur de bande dessinée ne devrait pas se mêler de cinéma en recopiant, mal, l’esthétique de films comme Sin City ou 300 ?
Ou que certains acteurs feraient mieux de faire des ouvertures de supermarchés plutôt que de se commettre dans de tels navets ?
Pendant toute la durée de la projection, « le spectateur hurle, le spectateur crie » devant tant de bêtises mais le réalisateur ne l’écoute pas fasciné qu’il est par son héros et par les pin-up qui lui tombent dans les bras.
Et lorsqu’enfin les lumières se rallument dans la salle, le spectateur épuisé ne peut que reconnaitre que si Frank Miller ne maîtrise pas l’art de la mise en scène, il connait au moins la chanson… Celle de Brel, celle de Jacky, nous ayant gratifié 1h43 seulement, mais 1h43 durant, des aventures d’un être « beau, beau et con à la fois » !