Russie, dans les années 1990. L’URSS s’effondre. Dans le tumulte d’un pays en reconstruction, un jeune homme à l’intelligence redoutable, Vadim Baranov, trace sa voie. D’abord artiste puis producteur de télé-réalité, il devient le conseiller officieux d’un ancien agent du KGB promis à un pouvoir absolu, le futur « Tsar » Vladimir Poutine.

Aussi bien documenté soit-il, ce Mage du Kremlin n’est qu’une adaptation scolaire et un peu longuette (le film dure presque 2h30) du roman homonyme de Giuliano da Empoli. Si Assayas s’attarde un peu trop minutieusement sur les débuts guère passionnants de ce brillant jeune homme qui va sacrifier son talent et ses idéaux sur l’autel du pouvoir et de l’ambition, il devient bizarrement plus évasif dès que son film rentre enfin dans le vif du sujet, n’apportant que peu de plus-values cinématographiques à un texte qui se suffisait à lui-même. Le cinéaste et son scénariste, qui ne se sont pas trop foulés, en reprennent d’ailleurs des pans entiers dans leur film via de longs monologues qui donnent l’impression d’entendre un livre lu. Quant à Paul Dano – qui se promène de scène en scène en mode Droopy et se la joue feutré à la demande du réalisateur – il peine à convaincre dans le rôle principal et finit par rendre le film aussi assoupissant que son interprétation. Difficile de croire également à l’histoire d’amour qui se noue entre son personnage et celui incarné par Alicia Vikander. Une romance qui ne fait que parasiter l’intrigue et délayer la Kacha*.
Heureusement que Jude Law en impose et parvient à composer un Vladimir Poutine plutôt crédible. Grâce à lui, le film retrouve par instant une certaine vivacité. Heureusement aussi que les effets spéciaux, à base d’intelligence artificielle, truquent habilement les reportages d’époques, accentuant la confusion entre réalité et fiction. Ils apportent une intéressante mise en abyme au récit.
Par contre, si vous espérez un brûlot politique et une vraie plongée critique dans les arcanes du pouvoir russe, vous repasserez. N’est pas Mage ni Costa-Gavras qui veut.

* Porridge russe