La raison du plus faible
Après sa formidable trilogie (Un couple épatantCavaleAprès la vie), Lucas Belvaux poursuit son étude sociale et nous livre ici une magnifique chronique sur la fin du monde ouvrier et les dérives qu’elle engendre. Avec un regard juste et sans complaisance, il nous décrit la vie d’hommes et de femmes, en proie au chômage et à l’absence d’avenir, qui cherchent par dessus tout à garder leur dignité.
Aucun misérabilisme dans ces tranches de vie. Bien au contraire !
L’humanité qui se dégage de chaque personnage, de chaque scène et de chaque dialogue rattache ce film aux grandes réussites du cinéma social Anglais, celui de Ken Loach ou de Stephen Frears.
Comme pour Cavale, on pense aussi aux films engagés des années 70 mais, ici, la dimension humaine prend le pas sur l’action. Notamment grâce à la présence de seconds rôles époustouflants. Patrick Descamps (déjà aperçu dans la trilogie) et Claude Semal forment un tandem émouvant et drôle que l’on n’est pas prêt d’oublier.
Drôle ! Le mot est lâché. Car au milieu de toute cette noirceur, le réalisateur n’oublie pas d’injecter une bonne dose d’humour dans les dialogues comme dans l’intrigue.
Un humour salvateur, certes, mais qui est aussi le chant du désespoir.
Sur tous les fronts, Lucas Belvaux mélange les genres et emprunte la voie du polar pour clore son film. Un polar, en prise sur son temps, qui se nourrit des dérives de nos sociétés de consommation où les biens priment sur l’humain. Sec et sans concession, La raison du plus faible rappelle en cela certains polars anglais emblématiques des années 70 comme La loi du milieu de Mike Hodges dont il retrouve, au final, les accents lyriques et pathétiques.
Souhaitons que Lucas Belvaux continue de tracer encore longtemps cette voie qui détonne au sein de la production francophone actuelle. Celle d’un cinéma qui lui ressemble : sans compromission, ni démission.