Ingrid et Martha, amies de longue date, ont débuté leur carrière au sein du même magazine. Lorsque Ingrid devient romancière à succès et Martha, reporter de guerre, leurs chemins se séparent. Mais des années plus tard, leurs routes se recroisent par hasard. Atteinte d’un cancer incurable, Martha demande à son amie de lui tenir compagnie les jours qui précéderont son suicide programmé.

Est-ce parce que c’est son premier long métrage en anglais ? La sensation qui vient en regardant La chambre d’à côté est le côté serein de la mise en scène, loin des excès de naguère. Dans des décors toujours aussi colorés, Almodovar compose une sorte de film testament où il aborde plusieurs thèmes qu’il entremêle habilement. L’amitié et ce qu’il en reste au fil des années mais aussi la mort et son accompagnement. C’est donc à un film militant auquel on assiste (principalement sur le droit de chacun à décider de sa mort) mais auquel le cinéaste donne une forme apaisée dans la manière, aussi tendre que poétique, qu’il a de dépeindre les derniers jours d’une malade du cancer en stade terminal.

Dans sa magnifique maison d’architecte nichée dans la forêt, le réalisateur de Femmes au bord de la crise de nerfs prend son temps pour développer la relation entre ses deux héroïnes – magnifiquement interprétées par Julianne Moore et surtout Tilda Swinton – à l’aide de brillants dialogues et de troublants silences. Ils font oublier les quelques flash-back inutiles qui parsèment le film et les interventions un peu hors sujet du personnage interprété par John Turturro qui se fait le porte-parole d’Almodovar sur le réchauffement climatique et sur les fossoyeurs de la planète que sont l’ultra libéralisme et l’extrême droite.
S’il n’atteint pas les sommets de Douleur et gloire, ce beau portrait de femmes séduit par sa façon de faire vibrer nos cordes sensibles sans jamais tomber dans le mélo larmoyant.